Cendrillon

Grand Classique n° 14

Cendrillon

1950 · 1 h 14

Réalisation
Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske
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En 1949, la Walt Disney Company doit près de quatre millions de dollars à sa banque. Depuis la guerre, le studio survit en assemblant des courts métrages bout à bout pour en faire des programmes vaguement présentables : Saludos Amigos, La Boîte à musique, Mélodie cocktail. Aucun vrai long métrage depuis Bambi, sept ans plus tôt.

Cendrillon est le va-tout. Walt Disney l’a dit sans détour à ses équipes : si le film échoue, le studio d’animation ferme.

Il a rapporté huit millions de dollars. Le studio a remboursé ses dettes, ouvert une division télévision, racheté du terrain à Anaheim et commencé à dessiner un parc.

L’histoire

Fille d’un gentilhomme veuf, Cendrillon perd son père peu après le remariage de celui-ci. Sa belle-mère, Lady Tremaine, et ses deux filles s’installent, prennent la maison, et rétrogradent l’héritière au rang de domestique, sans jamais élever la voix, ce qui rend le personnage de la marâtre nettement plus glaçant que la moyenne des méchantes du catalogue.

Quand le palais annonce un bal où toutes les jeunes filles du royaume sont conviées, Cendrillon obtient le droit d’y aller à une condition impossible : que son travail soit fait et qu’elle ait une robe. Ce que ses alliés (une poignée de souris et quelques oiseaux) entreprennent alors constitue le premier acte d’un film qui parle surtout d’entraide.

Dans les coulisses : tout filmer avant de tout dessiner

Le studio n’a plus les moyens de se tromper. Pour éviter le gâchis, le film est intégralement tourné en prises de vues réelles avant d’être animé : des comédiens jouent chaque scène, en costume, dans des décors sommaires, et les bobines servent de référence aux animateurs. Helene Stanley, qui interprète Cendrillon devant la caméra, prêtera ensuite ses attitudes à Aurore dans La Belle au bois dormant et à Anita dans Les 101 Dalmatiens.

La méthode a fait grincer des dents en interne : plusieurs animateurs y ont vu une trahison du métier, la fin de l’invention au profit du décalque. Le débat n’a jamais vraiment été tranché au studio.

Ce que seuls les fans savent

  • La transformation de la robe était le plan préféré de Walt Disney dans toute la production du studio, tous films confondus. Il l’a répété en interview à plusieurs reprises.
  • Ilene Woods ne savait pas qu’elle passait une audition. Chanteuse de radio, elle avait enregistré trois maquettes pour rendre service à des amis compositeurs. Les bandes sont arrivées jusqu’à Walt Disney, qui l’a engagée sans qu’elle ait rien demandé.
  • Elle chante seule toutes les voix superposées de « Tendre rêve », dans l’une des premières utilisations d’un multipiste vocal au cinéma.
  • « Bibbidi-Bobbidi-Boo » a été nommée à l’Oscar de la meilleure chanson, tout comme la musique du film. Le studio est reparti bredouille des deux catégories.
  • Le chat Lucifer a été trouvé dans la rue. L’animateur Ward Kimball avait ramené chez lui un chat de gouttière particulièrement retors ; Walt Disney l’a vu chez lui et lui a dit que son méchant était là.
  • Le prince n’a que très peu de répliques et pas de nom dans le film. Sa relative absence est l’un des reproches les plus fréquents adressés à cette version, et l’une des raisons pour lesquelles les suites vidéo ont tenté de lui donner une existence.

La musique

Mack David, Al Hoffman et Jerry Livingston signent la première bande originale Disney entièrement écrite par des professionnels de la chanson populaire venus de Tin Pan Alley, et non par des compositeurs maison. Le résultat s’entend : « Bibbidi-Bobbidi-Boo » est un tube de music-hall avant d’être une chanson de film.

Le doublage français

Le film a connu deux versions françaises, celle de la sortie initiale et un redoublage réalisé pour les rééditions vidéo. C’est le second qui circule aujourd’hui sur les supports courants, un cas fréquent chez les classiques de cette période, et un sujet de discussion permanent chez les collectionneurs francophones, qui traquent les éditions portant encore la bande d’origine.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Deux suites vidéo prolongent l’histoire, Cendrillon 2 : une vie de princesse et Le sortilège de Cendrillon, ainsi qu’un film en prises de vues réelles signé Kenneth Branagh en 2015, l’un des mieux reçus de cette vague de remakes.

Pour ceux qui veulent creuser : regardez le film en prêtant attention aux souris. Elles occupent près d’un tiers du métrage, portent tout le ressort comique, et constituent à elles seules une leçon d’animation de personnages secondaires.