Grand Classique n° 18
La belle au bois dormant
1959 · 1 h 15
- Réalisation
- Clyde Geronimi
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C’est le film Disney qui ne ressemble à aucun autre. Là où le studio dessinait des personnages ronds sur des décors flous, La Belle au bois dormant impose des lignes droites, des verticales, des arbres géométriques et des couleurs en aplats. On dirait une tapisserie médiévale mise en mouvement, et c’est exactement ce qui était visé.
Le film a coûté six millions de dollars, mobilisé les équipes pendant six ans, et manqué de faire couler le département animation.
L’histoire
Au baptême de la princesse Aurore, trois bonnes fées viennent offrir leurs dons. La troisième n’a pas le temps : Maléfique, non invitée, fait son entrée et condamne l’enfant à mourir avant la fin de son seizième anniversaire, la main percée par le fuseau d’un rouet.
La fée Pimprenelle ne peut annuler le sort, seulement l’adoucir : la mort devient un sommeil dont seul le baiser d’un amour véritable pourra tirer la dormeuse. Les trois fées emmènent alors la princesse dans une chaumière au fond des bois, où elles l’élèveront comme une paysanne, sans magie et sans lui dire qui elle est.
Seize ans passent. Le jour de son anniversaire, dans la forêt, Aurore rencontre un jeune homme.
Dans les coulisses : Eyvind Earle
La direction artistique est confiée à Eyvind Earle, peintre au style très personnel, qui obtient un pouvoir rarissime dans le studio : les décors ne s’adapteront pas aux personnages, ce sont les personnages qui s’adapteront aux décors. Il puise dans les enluminures des Très Riches Heures du duc de Berry, l’art gothique, les tapisseries de la Dame à la licorne.
Chaque plan est peint comme un tableau autonome, avec un niveau de détail qui a ralenti la production jusqu’à l’étranglement. Les animateurs, eux, ont dû produire un trait plus anguleux et plus rigide pour ne pas jurer avec le fond.
Le film est tourné en Technirama 70 mm avec son stéréophonique, format de prestige réservé aux grandes productions de l’époque. Sur un écran de cinéma large, l’effet est spectaculaire. Sur un téléviseur des années 1960, il ne restait presque rien.
La sortie de 1959 est une déception commerciale. Le studio licencie massivement dans le département animation ; certains partent, d’autres ne reviendront jamais. C’est Les 101 Dalmatiens, deux ans plus tard, qui sauvera la maison, avec une technique radicalement moins chère.
Ce que seuls les fans savent
- Aurore parle très peu. Une poignée de répliques dans tout le film, et pas une seule après la piqûre. C’est la princesse Disney la moins présente à l’écran de tout le catalogue.
- Maléfique est l’œuvre de Marc Davis, et elle est régulièrement désignée comme la plus grande méchante du studio. Sa silhouette, ses cornes, sa cape doublée de violet et son corbeau composent une image que soixante-cinq ans n’ont pas usée.
- Eleanor Audley, sa voix originale, doublait déjà Lady Tremaine dans Cendrillon. Deux des plus grandes méchantes du studio, une seule comédienne.
- La musique est du Tchaïkovski. George Bruns a adapté le ballet de 1890 pour toute la partition ; « J’en ai rêvé » est directement tirée de la valse. Le film a été nommé à l’Oscar de la meilleure musique, une nomination un peu paradoxale.
- Le combat final contre le dragon a été animé pour l’essentiel par Eric Cleworth et reste l’une des séquences les plus violentes et les plus abouties du studio. Les flammes vertes sont devenues un signe de reconnaissance immédiat de la maison.
- Les trois fées portent les couleurs du film. La dispute entre Flora et Pimprenelle sur la couleur de la robe (bleu ou rose) donne le dernier plan, où la robe change en boucle. C’est le studio qui se moque de ses propres discussions interminables sur les palettes.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Ce film est celui qui gagne le plus à être vu sur un grand écran et dans une bonne définition : le format large et le travail d’Eyvind Earle ont été massacrés par des décennies de diffusion télévisée recadrée.
Le personnage de Maléfique a par ailleurs eu droit à ses propres films en prises de vues réelles à partir de 2014, avec Angelina Jolie, qui réécrivent complètement son histoire.