Grand Classique n° 6
Saludos Amigos
1942 · 42 min
- Réalisation
- Norman Ferguson
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En 1941, le studio Disney est en grève, endetté jusqu’au cou, et privé de ses marchés européens par la guerre. C’est ce moment que choisit le gouvernement américain pour proposer à Walt Disney un curieux marché : partir en tournée en Amérique du Sud, aux frais du contribuable, et en rapporter des films.
L’objectif était politique. Dans le cadre de la « politique de bon voisinage », Washington cherchait à renforcer les liens avec l’Amérique latine, où l’influence allemande progressait. Un ambassadeur avec une souris valait mieux qu’un diplomate.
Walt Disney a accepté, embarqué dix-huit artistes, et quitté le studio en pleine grève — ce qui l’arrangeait beaucoup.
Ce que c’est
Le film alterne des images documentaires du voyage — l’équipe qui dessine, prend des notes, observe — et quatre segments animés nés de ces observations :
- Lac Titicaca — Donald en touriste sur l’Altiplano, confronté à un lama qui n’a aucune envie de coopérer.
- Pedro — l’histoire d’un petit avion postal chilien qui doit franchir seul la cordillère des Andes. Le seul segment vraiment dramatique du film.
- El Gaucho Goofy — Dingo, cow-boy du Texas, transplanté dans la pampa argentine, dans le registre du documentaire pédagogique parodique.
- Aquarela do Brasil — un pinceau peint le Brésil en direct, sur une samba, et fait apparaître José Carioca, perroquet dandy qui devient le guide de Donald.
Ce que seuls les fans savent
- C’est le plus court des Grands Classiques : 42 minutes. À peine plus qu’un épisode double de série télévisée, ce qui a longtemps fait débat sur son statut de long métrage.
- L’équipe s’appelait « El Grupo », et son voyage a fait l’objet d’un documentaire de 2008 du même nom, qui retrace le périple à partir des carnets et des films personnels des participants.
- José Carioca est né de ce voyage et est devenu, au Brésil, un personnage populaire à part entière, avec ses propres bandes dessinées éditées localement pendant des décennies.
- Le segment brésilien a été présenté à Rio avant même la sortie américaine, dans une projection de gala qui a rempli l’objectif diplomatique bien mieux que n’importe quel discours.
- Le film a coûté très peu et rapporté proportionnellement beaucoup, ce qui a fourni au studio un modèle économique de survie pour toute la durée de la guerre : les films à sketches, moins chers qu’un vrai long métrage.
- « Aquarela do Brasil » est une chanson d’Ary Barroso, déjà célèbre au Brésil, dont l’usage dans le film a assuré la diffusion mondiale — elle est aujourd’hui l’une des chansons brésiliennes les plus jouées au monde.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray, généralement associé à sa suite directe, Les Trois Caballeros.
C’est un objet historique plus qu’un grand film, mais il vaut le détour pour une raison précise : on y voit le studio à découvert, en train de travailler, de se documenter et de transformer un carnet de croquis en séquence animée. Peu de films Disney sont aussi transparents sur leur propre fabrication.