Wall-e

Grand Classique n° 94

Wall-e

2008 · 1 h 38

Réalisation
Andrew Stanton
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Un studio qui vient d’enchaîner cinq succès mondiaux ne prend normalement pas ce genre de risque : un film dont le héros ne parle pas, dont la première moitié se déroule dans un dépotoir désert, et dont le sujet réel est ce que la consommation de masse fait d’une civilisation. Wall-E a pourtant été fait, exactement comme Andrew Stanton le voulait, et il a rapporté plus de 520 millions de dollars.

L’histoire

La Terre est inhabitable depuis sept cents ans. Les humains sont partis, les entreprises de nettoyage automatisées ont abandonné, et il reste une unité de compactage de déchets encore en fonctionnement, qui empile consciencieusement des cubes d’ordures en pyramides plus hautes que les gratte-ciel.

Wall-E a développé, à force de siècles de solitude, quelque chose qui ressemble à une personnalité : il collectionne les objets qui l’intriguent, il regarde en boucle une cassette de comédie musicale, et il a un cafard pour ami.

Un jour, un vaisseau se pose et dépose une sonde blanche et effilée, lourdement armée, dont la mission est de chercher une trace de vie végétale.

Dans les coulisses : faire parler une machine sans mots

Le film confie sa réussite entière à un homme : Ben Burtt, créateur des sons de Star Wars (le souffle de Dark Vador, le sabre laser, et surtout le langage de R2-D2). Andrew Stanton lui a demandé de recommencer, en plus difficile : Wall-E doit exprimer la curiosité, la peur, la tendresse et le désespoir avec des servomoteurs et des bips.

Burtt a passé des mois à enregistrer des machines réelles (moteurs, générateurs, portes automatiques) et à traiter sa propre voix. Le vocabulaire du robot compte quelques dizaines de sons, et le spectateur comprend absolument tout.

Pour le design, l’équipe cherchait un visage sans visage. La solution est venue d’un match de baseball, où Stanton a manipulé une paire de jumelles et compris qu’il tenait la réponse : deux cylindres montés sur un axe, qui s’écartent, s’inclinent et se rétractent. Toute l’expressivité du personnage tient dans cette mécanique.

Autre parti pris rare, le film utilise des images d’archives réelles : les extraits de Hello, Dolly!, comédie musicale de 1969, que Wall-E regarde en boucle. Le contraste entre ces corps humains filmés et l’univers de synthèse est délibéré, et c’est de là que vient tout le pathos du premier acte.

Ce que seuls les fans savent

  • Les quarante premières minutes ne contiennent quasiment aucun dialogue. Stanton parlait en interne d’un « film de robots muets » et citait ouvertement Chaplin et Keaton comme modèles.
  • L’idée date de 1994, née lors d’un déjeuner entre les créatifs de Pixar, le même repas dont sont sortis 1001 pattes, Monstres & Cie et Le Monde de Némo.
  • L’ordinateur de bord du vaisseau parle avec la voix de MacInTalk, le synthétiseur vocal des vieux Macintosh (un clin d’œil à Apple, dont Steve Jobs était alors le patron et l’actionnaire principal de Pixar).
  • Le nom BnL, « Buy n Large », désigne la mégacorporation qui a vendu la planète puis l’a fuie. Le studio est allé jusqu’à créer un vrai site web d’entreprise pour la promotion du film.
  • Le capitaine de l’Axiom apprend l’histoire de la Terre en écoutant une définition de la danse, une scène qui a valu au film sa réputation de plus grand plaidoyer écologiste jamais produit par un studio hollywoodien, ce qu’Andrew Stanton a toujours minimisé, affirmant n’avoir voulu raconter qu’une histoire d’amour.
  • Le film a reçu l’Oscar du meilleur film d’animation et cinq autres nominations, dont celle du meilleur scénario original, pour un film sans dialogue pendant sa première moitié.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le court métrage Burn-E, en bonus des éditions physiques, suit un robot de maintenance secondaire pendant les événements du film, vus de son point de vue.

À revoir en particulier : le ballet dans l’espace entre Wall-E et Eve, autour du vaisseau, sur un extincteur en guise de propulseur. Trois minutes sans une réplique.