Les 101 dalmatiens

Grand Classique n° 19

Les 101 dalmatiens

1961 · 1 h 19

Réalisation
Clyde Geronimi, Hamilton Luske, Wolfgang Reitherman
Voir le DVD (nouvel onglet, lien partenaire)Voir le Blu-ray (nouvel onglet, lien partenaire)

Liens partenaires vers la boutique : le prix reste identique pour vous.

En 1959, on n’anime pas cent un chiens tachetés. Chaque dalmatien porte une trentaine de taches, chaque tache doit être redessinée à chaque image, et le studio sort à peine du gouffre financier creusé par La Belle au bois dormant. Le projet est, sur le papier, impossible.

Il a été sauvé par une photocopieuse.

L’histoire

Pongo, dalmatien vivant chez un musicien célibataire, estime qu’il est temps que son maître se marie. Il organise donc, depuis la fenêtre de l’appartement, une rencontre avec une jeune femme dont la chienne lui plaît beaucoup. L’opération réussit au-delà de ses espérances : deux mariages, quinze chiots.

C’est alors qu’intervient Cruella d’Enfer, ancienne camarade d’école de la maîtresse de maison, dont la passion pour les fourrures dépasse largement les limites du bon goût et de la loi. Elle veut les chiots. On les lui refuse. Ils disparaissent quelques jours plus tard.

La suite est une course-poursuite à travers l’Angleterre hivernale, organisée par un réseau d’aboiements qui relaie l’information de comté en comté.

Dans les coulisses : la xérographie

Le sauvetage porte un nom : Ub Iwerks. Cocréateur de Mickey, revenu au studio comme responsable des procédés techniques, il adapte une machine Xerox pour transférer directement les dessins des animateurs sur les cellulos, en supprimant l’étape de l’encrage manuel, jusque-là effectué par un département entier de dessinatrices qui repassaient chaque trait à la main.

Le gain est colossal. Le film coûte environ la moitié de La Belle au bois dormant et devient l’un des plus gros succès de l’année. Sans la xérographie, il n’y aurait pas eu de dalmatiens, et probablement plus de département animation du tout.

Le procédé a un prix esthétique : le trait de crayon reste visible, nerveux et irrégulier, et les contours sont noirs et durs. Walt Disney n’a jamais aimé ce look, qu’il jugeait bâclé, et le studio a mis vingt ans à s’en débarrasser. Les amateurs d’animation, eux, tiennent cette période pour l’une des plus graphiquement intéressantes de la maison.

Ce que seuls les fans savent

  • Le studio a compté les taches : 6 469 469 sur l’ensemble du film. Le chiffre est resté dans la communication maison et fait la joie des amateurs de trivia.
  • Cruella d’Enfer est le grand œuvre de Marc Davis, qui venait d’animer Maléfique. Passer d’une sorcière hiératique à une mondaine hystérique en deux ans, c’est l’un des plus beaux écarts de registre de l’histoire de l’animation.
  • La séquence télévisée est un autoportrait. Quand les chiots regardent un feuilleton avec un chien policier, le studio se moque gentiment de sa propre production télévisuelle de l’époque.
  • Le roman d’origine est de Dodie Smith, publié en 1956. L’autrice britannique possédait elle-même des dalmatiens, dont un mâle appelé Pongo. Elle a approuvé le film, et aurait particulièrement apprécié la façon dont Cruella y était traitée.
  • Roger est musicien dans le film, informaticien dans le livre. Le changement a permis d’introduire la chanson « Cruella d’Enfer », composée par le personnage lui-même à l’intérieur du récit, une astuce de scénario rare chez Disney.
  • Peg, la chienne de La Belle et le Clochard, réapparaît brièvement dans la scène du chenil : le studio recyclait volontiers ses personnages secondaires d’un film à l’autre.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite vidéo, 101 dalmatiens 2 : sur les traces des héros, est sortie en 2003.

Le film a également connu une adaptation en prises de vues réelles en 1996, avec Glenn Close en Cruella, puis un film centré sur le personnage en 2021. Aucune des deux ne rend justice à ce que Marc Davis avait réussi avec un crayon.

Un détail à guetter au visionnage : le générique de début, jeu de taches noires sur fond blanc animé au rythme du jazz, est l’un des plus élégants jamais produits par le studio.