Grand Classique n° 68
La planète au trésor : un nouvel univers
2002 · 1 h 35
- Réalisation
- Ron Clements, John Musker
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Ron Clements et John Musker ont présenté ce projet pour la première fois en 1985. Il a été refusé. Ils l’ont représenté après La petite sirène : refusé. Après Aladdin : refusé. Le studio a fini par céder à la condition qu’ils réalisent d’abord Hercule.
Le film qu’ils portaient depuis quinze ans est devenu le plus gros échec financier de l’histoire de Disney. Le studio a passé une dépréciation d’actifs de plusieurs dizaines de millions de dollars, et l’animation traditionnelle n’y a pas survécu longtemps.
L’histoire
Jim Hawkins a quinze ans, un père parti, une mère qui tient seule une auberge, et un dossier chargé auprès des autorités locales pour usage non autorisé d’un surf solaire.
Un soir, un vaisseau s’écrase près de l’auberge. Le mourant qui en sort lui confie une sphère métallique et un avertissement, avant qu’une bande de pirates ne réduise l’établissement en cendres.
La sphère contient une carte menant à la Planète au trésor, où seraient entassées les prises de mille pillages. Jim embarque comme mousse à bord du Legacy, sous les ordres d’un capitaine félin et d’un cuisinier cyborg nommé John Silver, dont les intentions demanderaient à être précisées.
Dans les coulisses : la règle des 70/30
Le film applique un principe formulé par ses réalisateurs : 70 % de dessin traditionnel, 30 % d’images de synthèse. Les personnages sont dessinés à la main, les vaisseaux, les machines et les décors complexes sont modélisés en 3D.
Le cas le plus intéressant est celui de John Silver : son visage et son corps sont dessinés, son bras et sa jambe mécaniques sont en images de synthèse. Le personnage est donc littéralement hybride dans sa fabrication comme dans sa fiction, idée élégante, et cauchemar de production, puisqu’il fallait synchroniser à l’image près deux pipelines totalement différents.
L’univers, lui, repose sur une convention assumée : l’espace y fonctionne comme un océan. Les vaisseaux sont des galions à voiles solaires, on y respire, et la navigation se fait à la boussole. Le film ne cherche à aucun moment à justifier cela, et c’est ce qui lui permet de fonctionner.
Ce que seuls les fans savent
- La relation entre Jim et Silver est le vrai sujet du film : un adolescent abandonné par son père et un homme incapable d’assumer ce qu’il est en train de devenir pour lui. C’est de loin ce que le film réussit le mieux.
- La séquence de « I’m Still Here », chanson de John Rzeznik du groupe Goo Goo Dolls, condense en trois minutes toute l’histoire de Jim. Elle a été nommée à plusieurs récompenses et reste le passage le plus marquant du film pour beaucoup de spectateurs.
- Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation, perdu face à Le Voyage de Chihiro, ce qui n’est pas déshonorant.
- Sa sortie a été catastrophiquement calée : quelques semaines après Harry Potter et la Chambre des secrets, dans un mois de novembre saturé. Le studio a reconnu par la suite l’erreur de programmation.
- B.E.N., le robot amnésique, est le personnage le plus discuté du film : doublé par Martin Short, il fournit une respiration comique que certains jugent salvatrice et d’autres franchement pénible.
- C’est l’avant-dernier film d’animation traditionnelle produit par le studio pour le cinéma, avant La Ferme se rebelle deux ans plus tard.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il a considérablement gagné en réputation depuis vingt ans, porté par une génération qui l’a découvert en vidéo et qui n’a jamais compris pourquoi il avait été si mal accueilli.
Un mot sur la fin : elle contient l’un des plans les plus élégants du studio, où le décor se retourne complètement sur lui-même. Regardez-la sur un grand écran si vous le pouvez.