Grand Classique n° 8
La boîte à musique
1946 · 1 h 15
- Réalisation
- Jack Kinney, Clyde Geronimi, Hamilton Luske
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L’idée était simple : refaire Fantasia, mais avec la musique que les gens écoutent vraiment. Pas de Bach ni de Stravinsky : du jazz, du swing, des ballades, des chansons de radio. En interne, on parlait d’un « Fantasia pour tout le monde ».
Le résultat est un programme de dix segments extrêmement inégal, dont deux ou trois comptent parmi les plus belles choses produites par le studio dans les années 1940.
Le programme
Dix numéros, sans lien entre eux, chacun porté par un interprète de premier plan de l’époque :
- Pierre et le Loup (Prokofiev) : le seul segment classique du lot, narré et illustré avec une clarté pédagogique restée célèbre.
- La Baleine qui voulait chanter au Met : un cachalot doté d’une voix d’opéra prodigieuse, dans un segment dont la fin a traumatisé plusieurs générations d’enfants.
- Casey at the Bat : une ballade de base-ball américaine mise en images.
- Johnnie Fedora et Alice Bluebonnet : l’histoire d’amour de deux chapeaux en vitrine, chantée par les Andrews Sisters.
- All the Cats Join In : un crayon dessine en direct une bande d’adolescents partant danser, sur un morceau de Benny Goodman.
- Blue Bayou, Two Silhouettes, Without You, After You’ve Gone et The Martins and the Coys complètent le programme.
Dans les coulisses
Le film appartient à la période dite des package films : après-guerre, le studio est exsangue, endetté, privé de ses recettes européennes, et incapable de financer un vrai long métrage. Il assemble donc des courts métrages avec un fil conducteur minimal.
Cette contrainte a produit des objets très libres. Chaque segment étant autonome, les équipes pouvaient tenter des choses qu’un long métrage classique n’aurait jamais autorisées : l’animation qui se dessine à l’écran, les personnages réduits à des silhouettes, les décors purement graphiques.
Le segment de la baleine, en particulier, est un morceau d’animation d’une richesse rare : Nelson Eddy, star du chant de l’époque, y interprète seul toutes les voix (le narrateur, le cachalot, les chœurs, les rôles féminins) grâce à un enregistrement multipiste.
Ce que seuls les fans savent
- Le segment The Martins and the Coys a été retiré des éditions vidéo et de Disney+ : cette parodie de vendetta entre familles montagnardes repose entièrement sur des morts par balles traitées sur un ton comique.
- La fin du segment de la baleine est l’une des rares du catalogue Disney à ne pas accorder de sursis à son personnage. Elle est régulièrement citée parmi les grands chocs de l’enfance des spectateurs des années 1950 et 1960.
- Plusieurs segments ont été ressortis seuls en courts métrages dans les années suivantes, ce qui explique que beaucoup de gens les connaissent sans savoir d’où ils viennent.
- Benny Goodman, alors au sommet, prête son orchestre à deux séquences, dont l’une est une pure démonstration d’animation de danse au trait libre.
- Pierre et le Loup a longtemps servi de support pédagogique dans les écoles françaises, souvent sans que personne ne sache qu’il s’agissait d’un extrait d’un long métrage Disney.
- Le studio ne considérait pas ces films comme des Grands Classiques à leur sortie : leur intégration dans la numérotation officielle est postérieure.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray, dans une version amputée d’un segment. C’est un film à picorer plutôt qu’à regarder d’un bloc. La baleine et le crayon de Benny Goodman méritent le détour.