Rox et Rouky

Grand Classique n° 29

Rox et Rouky

1981 · 1 h 23

Réalisation
Ted Berman, Richard Rich, Art Stevens
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Rox et Rouky occupe une place particulière dans l’histoire du studio : c’est le film de la passation. Les derniers des Neuf Sages (les animateurs historiques formés par Walt Disney lui-même) y travaillent une dernière fois, aux côtés d’une génération de débutants dont les noms diront quelque chose : Glen Keane, John Lasseter, Brad Bird, Tim Burton.

La passation ne s’est pas faite dans le calme.

L’histoire

Une chasse tue une mère renarde. Son petit, recueilli par une fermière, grandit dans une cour de ferme avec un nom, un collier et des repas réguliers.

De l’autre côté de la clôture, un chasseur élève un chiot de chasse promis à une carrière de traqueur. Les deux animaux se rencontrent, jouent, se jurent d’être amis pour toujours, sans savoir que la nature de leur relation a déjà été décidée par leur espèce et par les hommes qui les nourrissent.

Le film raconte ce que devient cette promesse d’enfance quand chacun devient ce pour quoi il a été élevé.

Dans les coulisses : la sécession Bluth

En septembre 1979, en pleine production, l’animateur Don Bluth quitte le studio en emmenant avec lui onze collaborateurs, soit environ un sixième du département animation. Il reprochait à la direction d’avoir renoncé à l’exigence technique des grandes années et de produire des films au rabais.

Le départ a retardé le film d’environ un an et fait exploser son budget. Don Bluth a fondé son propre studio et produit dans la décennie suivante Brisby et le Secret de NIMH, Fievel et Le Petit Dinosaure, des films qui ont concurrencé Disney et l’ont parfois battu.

Le film porte les traces de cette production heurtée, mais il contient aussi certaines des plus belles scènes du studio de cette période : le combat contre l’ours, animé pour l’essentiel par Glen Keane pour ses débuts, reste un morceau de bravoure.

Ce que seuls les fans savent

  • Le roman d’origine est nettement plus dur. Chez Daniel P. Mannix, publié en 1967, le récit se termine par la mort des deux animaux : le renard épuisé par la poursuite, le chien abattu par son maître devenu incapable de s’en occuper. Le studio a conservé la trame et changé la fin.
  • La scène de l’abandon (la fermière qui laisse Rox dans la réserve naturelle) est régulièrement citée comme le moment le plus déchirant du catalogue après la mort de la mère de Bambi. Elle est jouée presque sans dialogue.
  • Tim Burton y a fait ses débuts comme dessinateur de personnages, quelques années avant de quitter Disney pour réaliser ses propres films. Ses contributions à ce film sont, de son propre aveu, restées invisibles.
  • C’est le dernier film auquel participent Frank Thomas, Ollie Johnston et Woolie Reitherman, trois des piliers de l’âge d’or. Leur départ marque la fin d’une lignée directe qui remontait à Blanche-Neige.
  • Le film a été un succès commercial honorable, ce qui a masqué un temps la crise créative traversée par le studio, crise qui éclatera au grand jour quatre ans plus tard avec Taram.
  • Big Mama, la chouette, est doublée en version originale par Pearl Bailey, grande dame du jazz vocal américain, dans l’un des rares rôles Disney écrits pour une chanteuse de blues.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite vidéo, Rox et Rouky 2, est sortie en 2006 : elle se déroule pendant l’enfance des deux personnages et évite soigneusement tout ce qui fait la force du premier film.

À revoir en particulier pour la mise en scène du temps qui passe : le film couvre plusieurs années sans jamais recourir à un carton ou à une voix off, uniquement par la lumière, les saisons et la taille des personnages.