Grand Classique n° 41
Pocahontas
1995 · 1 h 21
- Réalisation
- Mike Gabriel, Eric Goldberg
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En 1993, quand les animateurs Disney ont dû choisir entre deux projets, la quasi-totalité des vétérans a demandé Pocahontas. C’était le film sérieux, le film adulte, celui qui allait chercher les récompenses. L’autre, cette histoire de lions, a récupéré les seconds couteaux.
On connaît la suite : Le Roi Lion est devenu le plus grand succès de l’histoire de l’animation, et Pocahontas occupe aujourd’hui une place plus discrète. C’est injuste sur certains points, mérité sur d’autres.
L’histoire
1607. Un navire de la Compagnie de Virginie quitte Londres, chargé d’hommes venus chercher de l’or dans un continent dont ils ne savent rien. À bord, le gouverneur Ratcliffe, ambitieux et endetté, et John Smith, aventurier réputé.
Sur l’autre rive, Pocahontas, fille du chef Powhatan, refuse le mariage arrangé qu’on lui propose et passe ses journées à écouter un arbre qui parle.
La rencontre entre les deux mondes tourne rapidement à ce qu’elle a été historiquement : un malentendu total, une escalade de peur, et une marche vers la guerre que deux personnes tentent d’arrêter.
Dans les coulisses
Le film est le premier du studio à s’appuyer sur un personnage historique réel, ce qui a soulevé des difficultés que personne n’avait anticipées. La consultation de représentants des nations amérindiennes a conduit à plusieurs réécritures, et le militant Russell Means, figure de l’American Indian Movement, a accepté de doubler Powhatan, tout en critiquant publiquement certains aspects du résultat.
Graphiquement, le parti pris est le plus stylisé du studio depuis La Belle au bois dormant : lignes verticales, silhouettes allongées, compositions inspirées de l’art déco et de l’estampe. Glen Keane, qui anime Pocahontas, a cherché un visage sans équivalent dans le catalogue : pommettes hautes, traits anguleux, aucune rondeur enfantine.
La première mondiale a eu lieu à Central Park, en plein air, devant environ cent mille personnes. C’était la plus grande projection de l’histoire du studio.
Ce que seuls les fans savent
- L’histoire réelle n’a rien à voir. Matoaka, surnommée Pocahontas, avait environ dix ou onze ans lors de la rencontre avec John Smith, qui en avait vingt-sept. Il n’y a jamais eu de romance. Elle a ensuite été enlevée par les colons, convertie, mariée à John Rolfe, emmenée en Angleterre et morte à vingt et un ans. Le film s’arrête très soigneusement avant tout cela.
- La suite vidéo aborde ce que le film évite : Pocahontas 2 raconte le voyage en Angleterre et le mariage avec John Rolfe. C’est l’une des rares suites du studio à corriger le tir historique de son original.
- Deux Oscars. Meilleure chanson pour « L’air du vent » et meilleure musique pour Alan Menken. C’est le dernier film Disney à remporter ces deux catégories la même année.
- Grand-Mère Feuillage est un saule qui parle, et l’un des rares personnages Disney à n’avoir ni corps, ni déplacement, ni action possible. Toute sa présence repose sur l’animation d’une écorce.
- Meeko et Percy, le raton laveur et le carlin, ont été ajoutés tardivement pour alléger un film que les projections tests trouvaient trop grave.
- La séquence de « L’air du vent » est un morceau d’animation remarquable : les couleurs du vent y sont littéralement dessinées, en aplats translucides qui traversent le plan, dans une audace graphique que le studio n’a plus retentée.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film est aujourd’hui l’un des plus discutés du catalogue : loué pour son ambition formelle et sa musique, critiqué pour avoir transformé une histoire de colonisation violente en romance contrariée.
Les deux jugements peuvent coexister, et c’est probablement la meilleure façon de le regarder aujourd’hui : comme un très beau film qui raconte mal une histoire vraie.