Le Voyage d’Arlo

Grand Classique n° 114

Le Voyage d’Arlo

2015 · 1 h 33

Réalisation
Peter Sohn
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C’est le film le plus douloureux de l’histoire de Pixar. Développé pendant des années sous la direction de Bob Peterson, il a été arrêté net en 2013 : le studio a écarté son réalisateur, licencié une partie de l’équipe, repoussé la sortie d’un an et demi, et confié le chantier à Peter Sohn.

Presque tout a été refait — l’histoire, les personnages, le ton. Et pour la première fois de son existence, Pixar a signé un échec commercial franc.

L’histoire

Le postulat est excellent : et si l’astéroïde avait manqué la Terre ? Soixante-cinq millions d’années plus tard, les dinosaures n’ont pas disparu — ils ont développé l’agriculture.

Arlo est le dernier-né d’une famille d’apatosaures fermiers, et il a peur de tout : des poules, de l’orage, du noir. Son père tente de lui apprendre le courage en lui confiant des tâches à la mesure de sa taille, sans grand succès.

Un drame l’emporte loin de la ferme, à des centaines de kilomètres en aval de la rivière. Pour rentrer, il n’a qu’un compagnon : un petit humain sauvage, incapable de parler, qui marche à quatre pattes et grogne. Le film inverse méthodiquement les rôles — c’est le dinosaure qui est civilisé, et l’humain qui est l’animal de compagnie.

Dans les coulisses

La grande réussite du film est visuelle, et elle repose sur un contraste assumé : des décors quasi photoréalistes — rivières, forêts, montagnes, nuages, tous inspirés de relevés effectués dans le Wyoming, autour du Grand Teton — peuplés de personnages extrêmement stylisés, aux formes rondes et simples.

Le résultat déroute : on croit parfois regarder un documentaire animalier dans lequel quelqu’un aurait collé des dessins. C’est délibéré, et c’est ce qui donne au film sa mélancolie particulière.

L’eau, en particulier, a demandé un travail considérable : la rivière est un personnage du récit, tour à tour menace et chemin, et le studio a dû simuler des masses d’eau vive à une échelle qu’il n’avait jamais tentée.

Ce que seuls les fans savent

  • Les T-Rex sont des éleveurs de bétail — de vrais cowboys, avec leur troupeau, leurs récits de veillée autour du feu et leur accent du Sud. C’est la meilleure idée du film et elle n’occupe qu’un quart d’heure.
  • Spot ne prononce pas un mot de tout le film. La scène où les deux personnages se racontent leur famille avec des bouts de bois, sans langage commun, est le sommet du récit.
  • Peter Sohn est aussi la voix d’Émile dans Ratatouille, et il réalisera plus tard Élémentaire.
  • Le film est sorti la même année que Vice-versa — première fois que Pixar sortait deux longs métrages en douze mois. La comparaison lui a beaucoup nui.
  • La séquence des baies fermentées est l’un des passages les plus étranges jamais produits par le studio, dans un registre d’hallucination assumé.
  • C’est le premier film Pixar à ne pas rentrer dans ses frais en exploitation salles, ce qui a mis fin à une série de quinze succès consécutifs.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film mérite mieux que sa réputation : son scénario est convenu, mais sa mise en scène, ses paysages et sa relation centrale valent largement le détour.

À noter pour les parents : malgré son apparence de film pour tout-petits, il contient plusieurs scènes très dures, dont un deuil frontal dans les vingt premières minutes.