Grand Classique n° 90
Ratatouille
2007 · 1 h 51
- Réalisation
- Brad Bird
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La dernière grande scène de Ratatouille consiste en ceci : un critique gastronomique porte une fourchette à sa bouche, et le film s’interrompt pour montrer un souvenir d’enfance. Rien d’autre. Pas de course-poursuite, pas de bataille, pas de sauvetage.
C’est le point culminant d’un film Disney-Pixar destiné aux familles, et cela fonctionne parfaitement. Peu de studios auraient osé.
L’histoire
Rémy est un rat doté d’un odorat et d’un palais exceptionnels, ce qui, dans une colonie qui se nourrit d’ordures, constitue surtout un handicap social. Il lit des livres de cuisine, cuisine en cachette, et voue un culte au chef Auguste Gusteau, dont la devise tient en trois mots : tout le monde peut cuisiner.
Séparé des siens, il échoue dans les égouts de Paris et remonte à la surface juste devant le restaurant Gusteau, un ancien trois étoiles tombé à deux depuis la mort de son fondateur, où vient d’être embauché un jeune homme maladroit chargé de sortir les poubelles.
Ce garçon ne sait pas cuisiner. Le rat ne peut pas se montrer. Le film consiste à résoudre cette équation.
Dans les coulisses : apprendre à cuisiner
Brad Bird a repris le projet en cours de route, après le départ de Jan Pinkava, et a réécrit une grande partie du scénario. Sa première décision a été d’envoyer les équipes en cuisine.
Une partie de l’équipe a fait des stages en brigade, à Paris et en Californie. Le chef Thomas Keller, du French Laundry, a servi de consultant : c’est lui qui a conçu la version du plat servi dans la scène finale, un confit byaldi, présentation moderne de la ratatouille traditionnelle, créée pour le film et depuis reproduite dans le monde entier.
Les animateurs ont aussi appris comment on tient un couteau, comment on se brûle, comment on porte une assiette. La cuisine du film est fonctionnelle : on peut y suivre le circuit d’un plat du passe à la salle.
Côté technique, chaque rat porte environ 1,15 million de poils simulés individuellement (plus que la fourrure de Sulli dans Monstres & Cie six ans plus tôt), et il fallait en gérer des centaines simultanément dans les scènes de colonie.
Ce que seuls les fans savent
- Le Paris du film est documenté rue par rue. L’équipe a séjourné plusieurs semaines sur place, mangé dans les grandes tables, et photographié les toits, les caves et les cuisines. La ville est reconnaissable sans être un décor de carte postale.
- Anton Ego a été conçu comme un cercueil. Son bureau est en forme de bière, sa machine à écrire ressemble à un crâne, sa silhouette est celle d’une lame. Tout le design du personnage annonce sa fonction dans le récit.
- Sa critique finale est l’un des plus beaux textes jamais écrits sur le métier de critique, et elle est régulièrement citée hors de tout contexte cinématographique, dans la presse gastronomique comme dans les écoles de journalisme.
- Le film a reçu l’Oscar du meilleur film d’animation et cinq nominations au total, dont celle du meilleur scénario original.
- Michael Giacchino signe une partition entièrement française (accordéon, valse musette, jazz manouche) enregistrée sans le moindre clin d’œil ironique. C’est l’une des rares fois où Hollywood filme Paris sans se moquer.
- Le film s’est très bien exporté en France, ce qui était loin d’être gagné avec un sujet pareil, et la profession de la restauration l’a largement adopté. Plusieurs chefs le citent comme le film qui a donné envie à toute une génération d’entrer en cuisine.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le court métrage Your Friend the Rat, en bonus, est une petite merveille pédagogique et absurde sur l’histoire des relations entre rats et humains.
Le film a par ailleurs donné son nom à une attraction majeure de Disneyland Paris, ouverte en 2014, un cas rare de film américain dont la déclinaison parisienne était une évidence.