Grand Classique n° 60
Kuzco, l’empereur mégalo
2000 · 1 h 18
- Réalisation
- Mark Dindal
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Aucun film Disney n’a connu une production aussi chaotique, et aucun n’en est sorti aussi réussi. À l’origine, le projet s’appelle Kingdom of the Sun. C’est une fresque dramatique inspirée du Prince et le Pauvre, située dans l’Empire inca, réalisée par Roger Allers — l’homme du Roi Lion — avec des chansons écrites par Sting.
Quatre ans de travail, des dizaines de millions de dollars dépensés, et un film que la direction juge impossible à finir dans les temps. Elle prend alors une décision extrême : tout jeter, garder les décors et quelques personnages, et refaire un film entièrement différent — une comédie burlesque — en dix-huit mois.
Roger Allers a quitté le studio. Le film qui en est sorti est l’un des plus drôles jamais produits par Disney.
L’histoire
Kuzco, dix-huit ans, empereur, est un insupportable enfant gâté. Son projet du moment consiste à raser un village de paysans pour y construire sa piscine d’anniversaire, et il convoque le propriétaire des lieux, un berger nommé Pacha, pour le lui annoncer avec le tact d’un bulldozer.
Le même jour, il congédie sa conseillère Yzma, vieille dame d’une laideur spectaculaire dont il moque ouvertement l’âge depuis des années. Mauvais calcul : Yzma dispose d’un laboratoire secret rempli de potions, et d’un assistant nommé Kronk, sympathique et pas très rapide.
La fiole choisie pour empoisonner l’empereur n’est pas la bonne. Kuzco se réveille lama.
Dans les coulisses : le documentaire interdit
Trudie Styler, l’épouse de Sting, avait obtenu l’autorisation de filmer la fabrication du film pour un documentaire de coulisses. L’équipe s’attendait à un making-of promotionnel classique ; elle a filmé l’effondrement d’un projet, les réunions où la direction descend le travail de quatre ans, et le désarroi des équipes.
Le film, intitulé The Sweatbox, a été projeté une poignée de fois puis retiré de la circulation par le studio. Il circule depuis sous le manteau et constitue l’un des documents les plus précieux jamais tournés sur la fabrication d’un long métrage d’animation.
Sting, lui, a obtenu que l’une de ses chansons survive au naufrage : « Mon meilleur ennemi », placée au générique de fin, a été nommée à l’Oscar de la meilleure chanson originale.
Ce que seuls les fans savent
- Le film assume une esthétique de cartoon des années 1940. Mark Dindal revendique l’héritage de Tex Avery et Chuck Jones : gags de rythme, personnages qui s’adressent au spectateur, lois de la physique suspendues quand c’est drôle. C’est le Disney le moins « Disney » du catalogue.
- Kronk est devenu le personnage préféré du public alors qu’il n’était qu’un second rôle. Son ange et son démon de conscience, sa cuisine et son langage des écureuils lui ont valu un film à lui seul, Kuzco 2 : King Kronk.
- Yzma est doublée en version originale par Eartha Kitt, chanteuse et actrice légendaire, ancienne Catwoman télévisée. Son rire est entièrement improvisé.
- Il ne reste presque rien de la version Sting. Le personnage de Yzma, quelques décors incas et le principe de l’échange d’identité — le reste a été jeté.
- Aucune romance, aucune chanson interprétée par les personnages, aucune leçon de morale appuyée. Le film enfreint méthodiquement toutes les règles maison, ce qui explique probablement pourquoi il a mis dix ans à trouver son public.
- Le film est nettement plus populaire en France qu’aux États-Unis, où il est resté un succès modeste. Les répliques du lama sont entrées dans le langage courant de toute une génération française.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il a été prolongé par la suite vidéo Kuzco 2 : King Kronk et par une série télévisée, Kuzco, un empereur à l’école.
Si vous ne devez retenir qu’une chose : ce film a été fabriqué dans l’urgence, sur les ruines d’un autre, par une équipe qui n’avait plus rien à perdre. Cela s’entend dans chaque réplique, et c’est exactement pour ça qu’il est si vivant.