Toy story

Grand Classique n° 42

Toy story

1995 · 1 h 17

Réalisation
John Lasseter
Avec
Jean-Philippe Puymartin (Woody), Richard Darbois (Buzz l'Éclair)
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Le 19 novembre 1993, la production de Toy Story est arrêtée. Disney vient de visionner un premier montage et le juge irregardable : Woody y est un tyran sarcastique et méchant, le film est froid, personne n’a envie de passer une heure et demie avec ces personnages. Les équipes de Pixar sont renvoyées chez elles, le studio est au bord de la fermeture.

Ils ont eu trois mois pour tout réécrire. Ce qui en est sorti a rapporté 370 millions de dollars et ouvert une nouvelle ère du cinéma.

L’histoire

Dans la chambre d’Andy, les jouets ont une vie que les humains ne soupçonnent pas, et une hiérarchie. Woody, le cowboy en tissu, occupe le sommet : c’est le préféré, celui qui dort sur le lit, celui qui organise les réunions.

Puis arrive un cadeau d’anniversaire nommé Buzz l’Éclair : un ranger de l’espace en plastique moulé, avec des ailes rétractables, une visière et un laser. Il est neuf, il est spectaculaire, et il est surtout fermement convaincu de ne pas être un jouet.

Ce que le film fait de cette rivalité (comment il transforme une jalousie de chambre d’enfant en question sur ce qu’on est vraiment quand on découvre à quoi l’on sert) le sépare de tous les films d’animation qui l’ont précédé.

Dans les coulisses : tout inventer, encore

Toy Story est le premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèse de l’histoire du cinéma. À l’époque, Pixar est une petite société qui vend des ordinateurs graphiques et produit des courts métrages remarqués ; elle n’a jamais fait de long.

Chaque plan devait être calculé par une ferme de rendu de plusieurs centaines de processeurs, à raison de plusieurs heures par image, parfois plus de vingt heures pour les plans les plus chargés. Le choix des jouets comme sujet n’est d’ailleurs pas innocent : le plastique lisse et les surfaces dures étaient à peu près les seules choses que la technologie de 1995 savait représenter de façon convaincante. Les humains et les tissus, eux, restaient des cauchemars techniques : c’est pour cela que les enfants du film ont cet aspect étrange et que le chien Scud est si raide.

Ce que seuls les fans savent

  • Buzz devait s’appeler Lunar Larry. Le nom définitif est un hommage à Buzz Aldrin, deuxième homme à avoir marché sur la Lune.
  • Woody devait être un ventriloque à ficelle et un personnage franchement désagréable. C’est la réécriture d’urgence de 1993 qui en a fait un cowboy attachant. Tom Hanks, en entendant les enregistrements de la première version, aurait demandé si le personnage était censé être aussi odieux.
  • Le camion de déménagement porte le numéro A113, référence à la salle de cours de l’école CalArts où se sont formés John Lasseter, Brad Bird et une bonne partie de la génération. Le code apparaît depuis dans presque tous les films Pixar.
  • Sid, le garçon d’à côté, porte un T-shirt dont le motif reviendra chez d’autres personnages du studio. Sa chambre est un catalogue de références à des films d’horreur.
  • John Lasseter avait été licencié par Disney quelques années plus tôt, précisément pour avoir insisté sur le potentiel de l’animation par ordinateur. Il est revenu par la porte de Pixar, avec le film qui a donné raison à tout ce qu’il défendait.
  • Le film a reçu un Oscar spécial remis à John Lasseter : la catégorie du meilleur film d’animation n’existait pas encore, et l’Académie a créé une récompense sur mesure.

La musique

Randy Newman signe les chansons et la partition, dans un registre à contre-courant des grandes comédies musicales Disney de la même décennie : ici, les personnages ne chantent pas. C’est le narrateur qui chante sur eux, façon chanson de générique de série américaine. « Je suis ton ami » est devenu le thème identitaire de toute la saga.

Le doublage français

Jean-Philippe Puymartin en Woody et Richard Darbois en Buzz l’Éclair forment l’un des duos les plus solides du doublage français. Darbois, déjà voix du Génie d’Aladdin, joue ici sur un tout autre registre : le sérieux militaire absolu d’un personnage qui ne comprend pas la blague dont il est le sujet.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La saga compte quatre volets (Toy Story 2, Toy Story 3 et un quatrième sorti en 2019), auxquels s’ajoutent plusieurs courts métrages.

Vu aujourd’hui, le film accuse son âge sur les visages humains et les textures. Sur tout le reste (le montage, l’écriture, le sens du rythme), il n’a pas pris une ride.