Aladdin

Grand Classique n° 37

Aladdin

1992 · 1 h 30

Réalisation
Ron Clements, John Musker
Avec
Richard Darbois (le Génie), Paolo Domingo (Aladdin), Karine Costa (Jasmine)
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Robin Williams a enregistré le Génie pendant une trentaine d’heures. Le script en contenait une fraction : le reste est de l’improvisation pure, lâchée dans un studio où les animateurs venaient assister aux séances comme on va au spectacle. Ils repartaient avec des heures de matière inutilisable et deux ou trois trouvailles par prise. Le personnage change de forme plus de cinquante fois dans le film ; chacune de ces métamorphoses est une réponse dessinée à une phrase que personne n’avait écrite.

Ce que Disney a fait ensuite de cette générosité est une autre histoire, et elle est moins jolie.

L’histoire

Agrabah, cité de marchands et de gardes trop nombreux. Aladdin y vole de quoi manger et le partage avec plus pauvre que lui, ce qui ne l’empêche pas de se faire traiter de racaille par toute la ville. Jasmine, elle, étouffe dans un palais où une loi l’oblige à épouser un prince avant son prochain anniversaire.

Entre eux, Jafar : grand vizir du sultan, pressé de mettre la main sur une lampe enfouie dans une caverne qui n’accepte qu’un seul type de visiteur (un « diamant brut », le seul dont l’entrée ne déclenchera pas l’effondrement).

Le film pose ensuite une question très simple, à laquelle il consacre tout son troisième acte : que vaut un souhait qu’on utilise pour paraître autre que soi ?

Dans les coulisses

Le projet naît d’un traitement d’Howard Ashman, qui rêvait d’un film inspiré des comédies musicales des années 1940. Sa mort en 1991 laisse le chantier en plan : six de ses chansons existent, il faut trouver quelqu’un pour finir. Ce sera Tim Rice, futur parolier du Roi Lion, appelé en renfort auprès d’Alan Menken.

Graphiquement, le film assume un parti pris rare chez Disney : celui du trait caricatural. Le directeur artistique s’inspire ouvertement du dessinateur de presse Al Hirschfeld, dont la ligne courbe et nerveuse se retrouve dans chaque silhouette. Rien n’est vertical dans Agrabah : les tours penchent, les toits ondulent.

Le tapis volant, lui, est en images de synthèse : ses motifs sont générés par ordinateur puis plaqués sur une surface qui se déforme, ce qui permet des mouvements d’étoffe impossibles à tenir en dessin image par image. C’est l’un des premiers personnages numériques crédibles de l’histoire du studio, et il n’a ni visage ni voix.

Ce que seuls les fans savent

  • Robin Williams avait posé une condition pour travailler à tarif syndical réduit : que sa voix ne serve pas à vendre le film, ni le Génie à vendre des produits dérivés. Le studio a passé outre. La brouille a été spectaculaire : l’acteur a refusé de revenir pour Le retour de Jafar, où il est remplacé par Dan Castellaneta, la voix d’Homer Simpson.
  • La réconciliation a eu lieu quelques années plus tard, sous une nouvelle direction du studio, avec des excuses publiques. Robin Williams a repris le rôle pour Aladdin et le roi des voleurs.
  • Aladdin devait ressembler à Michael J. Fox. Jugé trop juvénile après les premiers essais, il a été redessiné vers un physique plus proche de Tom Cruise.
  • Le tigre Rajah, le perroquet Iago et le singe Abu ne prononcent pas un mot pour deux d’entre eux. Iago, lui, ne s’arrête jamais : Gilbert Gottfried en fait un des personnages les plus bavards du catalogue.
  • Le Génie porte les couleurs du studio de son interprète. Plusieurs de ses imitations éclair (un présentateur de jeu télévisé, un tailleur, un mouton) sont directement issues du répertoire de scène de Robin Williams.
  • Le film ouvre sur un marchand ambulant qui s’adresse au spectateur et prétend raconter l’histoire. Une idée d’Howard Ashman, restée dans le montage final, qui devait initialement révéler à la fin qu’il était le Génie lui-même.

La musique

Deux Oscars encore : meilleure musique pour Alan Menken et meilleure chanson pour « Ce rêve bleu ». Le film enchaîne les registres sans jamais se disperser : la présentation d’Aladdin en course-poursuite chantée, le grand numéro de music-hall du Génie, cette ballade en tapis volant que trois décennies de mariages n’ont pas réussi à user.

Le doublage français

Reprendre Robin Williams relevait du sport de combat. Richard Darbois (la voix française d’Harrison Ford et de Danny Glover) ne l’imite pas : il refait le numéro à sa manière, avec un débit et un sens du timing qui tiennent la comparaison. Pour beaucoup de spectateurs français, le Génie est Richard Darbois, et la VF d’Aladdin figure au panthéon du doublage français au même titre que celle du Roi Lion.

Paolo Domingo et Karine Costa complètent une distribution qui chante elle-même ses parties, ce qui n’allait pas de soi à l’époque.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film a donné naissance à deux suites vidéo (Le retour de Jafar et Aladdin et le roi des voleurs), à une série télévisée, à une comédie musicale de Broadway et à un remake en prises de vues réelles en 2019.

Un mot pour les collectionneurs : les éditions récentes proposent en bonus plusieurs séquences abandonnées, dont une chanson entière écrite pour la mère d’Aladdin, personnage supprimé en cours de production. Elle éclaire d’un jour différent tout le premier acte.