Là-haut

Grand Classique n° 97

Là-haut

2009 · 1 h 36

Réalisation
Pete Docter, Bob Peterson
Avec
Charles Aznavour (Carl Fredricksen)
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Il existe une expérience commune à quelques centaines de millions de personnes : s’installer devant un film d’animation en pensant passer un moment léger, et se retrouver dix minutes plus tard incapable de parler. La séquence d’ouverture de Là-haut — la vie entière de Carl et Ellie, de leur rencontre d’enfance à la chaise vide, sans une seule ligne de dialogue — est probablement le plus beau morceau de cinéma muet produit depuis les années 1920.

Le reste du film est une aventure joyeuse avec des chiens qui parlent. C’est aussi ce qui le rend si étrange et si réussi.

L’histoire

Carl Fredricksen a soixante-dix-huit ans, une maison coincée entre deux chantiers, et un promoteur qui attend qu’il meure ou qu’il cède. Après un incident avec un ouvrier, le tribunal l’envoie en maison de retraite.

Le matin du départ, Carl gonfle plusieurs milliers de ballons dans son salon, les libère par la cheminée, et arrache sa maison de ses fondations. Direction l’Amérique du Sud, et les chutes du Paradis — l’endroit où sa femme avait toujours voulu vivre, et où ils ne sont jamais allés.

Un problème se manifeste au bout de quelques heures de vol : un garçon scout de huit ans se trouvait sous le porche au moment du décollage.

Dans les coulisses

Pete Docter et son équipe sont partis au Venezuela, sur les tepuys — ces plateaux gréseux aux parois verticales qui émergent de la jungle, dont le mont Roraima est le plus connu. Ils y ont passé plusieurs jours en autonomie. Les décors du film en sont des transpositions assez directes, y compris cette lumière étrange due à la brume permanente.

Côté technique, le compte officiel du studio pour le plan du décollage s’élève à 20 622 ballons, chacun devant réagir aux collisions avec ses voisins. Les autres plans en utilisent « seulement » quelques milliers.

Le personnage de Carl a été construit en cube — silhouette carrée, mâchoire carrée, lunettes carrées — pour s’opposer graphiquement à Russell, entièrement composé de rondeurs. C’est une règle de dessin animé aussi vieille que le métier, appliquée ici avec une rigueur totale.

Ce que seuls les fans savent

  • C’est le premier film d’animation à avoir ouvert le Festival de Cannes, en mai 2009.
  • Il a été nommé à l’Oscar du meilleur film — seul le deuxième film d’animation de l’histoire à y parvenir, après La Belle et la Bête. Il a remporté celui du meilleur film d’animation et celui de la meilleure musique.
  • La partition de Michael Giacchino tient sur un seul thème, celui d’Ellie, décliné en valse, en marche, en berceuse et en fanfare selon les scènes. C’est un exercice de composition à l’ancienne, exécuté avec une économie remarquable.
  • Le colley Doug et son collier traducteur permettent au film de placer sa meilleure blague en une seconde et demie — le « ÉCUREUIL ! » qui interrompt tout, devenu une expression courante.
  • L’oiseau Kevin est une femelle. Russell la baptise avant de s’en apercevoir, et personne ne change le nom.
  • Charles Muntz, l’explorateur déchu, doit son nom à Charles Mintz, le producteur qui avait dépossédé Walt Disney d’Oswald le lapin en 1928 — la trahison fondatrice de l’histoire du studio. La blague est réservée aux initiés.

Le doublage français

Confier Carl à Charles Aznavour relevait de l’évidence une fois qu’on y avait pensé : une voix âgée, cassée, avec ce grain reconnaissable entre tous, portée par un homme qui savait mieux que quiconque chanter le temps qui passe. Il avait 85 ans à l’enregistrement. La VF gagne dans ce choix une couche d’émotion que la version originale n’a pas.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le court métrage Doug’s Special Mission, disponible en bonus, raconte ce que faisait le chien avant de rencontrer Carl et Russell.

Un conseil : si vous le montrez à des enfants, sachez que l’ouverture les laisse généralement indifférents — elle est écrite pour les adultes de la salle. Ce sont les parents qui pleurent, et c’est parfaitement délibéré.