Grand Classique n° 36
La belle et la bête
1991 · 1 h 24
- Réalisation
- Gary Trousdale, Kirk Wise
- Avec
- Bénédicte Lécroart (Belle), Emmanuel Jacomy (la Bête), Jean-Claude Donda (Lumière)
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Le 30 mars 1992, à la cérémonie des Oscars, une carte de nomination pour le meilleur film porte le titre d’un dessin animé. C’est la première fois de l’histoire. La catégorie « meilleur film d’animation » n’existe pas encore : elle ne sera créée qu’en 2001, en grande partie à cause de ce soir-là. La Belle et la Bête concourt donc face au Silence des agneaux, à JFK et à Prince des marées, sans filet et sans catégorie de repli.
Il ne gagnera pas. Mais plus personne, après ça, ne pourra dire que l’animation n’est pas du cinéma.
L’histoire
Belle vit dans un village où l’on ne comprend pas qu’une jeune femme lise. Elle est jolie, on le lui dit ; elle est bizarre, on le lui fait sentir. Gaston, la gloire locale, a décidé qu’elle serait sa femme. La question n’appelle pas de discussion.
Quand son père se perd dans la forêt et se retrouve prisonnier d’un château hanté par un monstre, Belle prend la seule décision qui lui ressemble : elle propose l’échange, sa liberté contre la sienne.
Commence alors une cohabitation entre une jeune femme qui refuse d’avoir peur et une créature incapable de formuler une phrase aimable, sous le regard d’un chandelier, d’une pendule et d’une théière qui ont un intérêt personnel très concret à ce que cela fonctionne : le sortilège qui les a transformés en objets a une date d’expiration.
Dans les coulisses : le film a été fait deux fois
Une première version a été développée à Londres sous la direction de Richard Purdum, dans un registre sombre et sans chansons. Elle était bien avancée quand Jeffrey Katzenberg l’a visionnée et a demandé de tout reprendre à zéro. Retour à Burbank et à la comédie musicale, avec Howard Ashman et Alan Menken.
Ashman, déjà très affaibli par la maladie, a travaillé depuis un hôtel de Fishkill, dans l’État de New York, où l’équipe venait le rejoindre. C’est là qu’a été trouvée l’idée qui débloque tout : faire des domestiques du château des objets animés. Dans les versions précédentes, ils étaient des humains muets errant dans les couloirs, ce qui rendait le film sinistre et le héros indéfendable.
Le scénario est signé Linda Woolverton, première femme à écrire seule un long métrage animé du studio. C’est à elle qu’on doit une Belle qui lit, qui répond, et qui ne passe pas le film à attendre.
Ce que seuls les fans savent
- La scène de bal est la première grande démonstration d’images de synthèse du studio. La salle de bal, son parquet et ses lustres sont modélisés en 3D, ce qui permet à la caméra de tourner autour des danseurs, un mouvement impossible en animation traditionnelle. Les personnages, eux, restent dessinés à la main.
- Le film est dédié à Howard Ashman par un carton final devenu célèbre : « À notre ami Howard, qui a donné une voix à une sirène et une âme à une bête, nous serons éternellement reconnaissants. » Il est mort le 14 mars 1991, huit mois avant la sortie.
- La Bête est un assemblage. Crinière de lion, front de buffle, défenses de sanglier, sourcils de gorille, corps d’ours, yeux humains. Les animateurs voulaient un animal qu’aucun spectateur ne puisse nommer.
- Gaston est une anomalie dans le bestiaire Disney : pas de magie, pas de pouvoir, pas de pacte avec les forces obscures. Juste un homme très sûr de son bon droit, ce qui en fait, pour beaucoup, le méchant le plus moderne du catalogue.
- Une chanson coupée a été restaurée. « Humain à nouveau », écartée du montage original faute de temps, a été réintégrée dans la version longue diffusée à partir de 2002 : elle explique enfin ce que les objets comptent faire de leur retour à la vie.
- Le village de Belle est ouvertement français, ainsi que les prénoms (Lumière, Belle, Gaston) et la déclaration d’amour du film pour les livres et les librairies de campagne.
La musique
Alan Menken repart avec deux Oscars, meilleure musique et meilleure chanson pour la valse-titre. Trois chansons du film étaient nommées dans la même catégorie. La partition tient debout de bout en bout, du numéro d’ouverture qui installe le village en trois minutes à « C’est la fête », morceau de music-hall pur monté comme un show de Broadway.
Le doublage français
Bénédicte Lécroart prête à Belle une voix claire et sans mièvrerie, Emmanuel Jacomy donne à la Bête son grondement et ses silences, et Jean-Claude Donda s’amuse visiblement en Lumière. La VF de 1992 est de celles qui n’ont pas vieilli, et « C’est la fête » y gagne une gouaille très française.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Trois montages coexistent : la version cinéma de 1991, la version longue avec « Humain à nouveau », et une version de travail, présentée telle quelle, storyboards inclus, au Festival de New York en 1991 faute d’être terminée à temps. Cette dernière figure en bonus sur certaines éditions et vaut le coup d’œil.
Le film a donné lieu à deux prolongements vidéo, dont La belle et la bête 2 : le noël enchanté, à une comédie musicale de Broadway et à un remake en prises de vues réelles en 2017.