Les aventures de Winnie l’Ourson

Grand Classique n° 28

Les aventures de Winnie l’Ourson

1977 · 1 h 14

Réalisation
Wolfgang Reitherman, John Lounsbery
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Ce film n’en est pas tout à fait un. C’est l’assemblage de trois moyens métrages produits sur une période de onze ans — Winnie l’ourson et l’arbre à miel (1966), Winnie l’ourson dans le vent (1968) et Winnie l’ourson et le tigre fou (1974) — reliés par quelques plans de transition et une conclusion inédite.

Le premier des trois est l’un des derniers projets validés personnellement par Walt Disney. Le deuxième a remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation.

Ce que c’est

Dans la Forêt des Rêves Bleus vivent un ours de très petite cervelle et de très grand appétit, un âne pessimiste dont la queue tient avec un clou, un porcelet inquiet, un lapin jardinier obsédé par ses carottes, un hibou qui parle beaucoup, une maman kangourou, son petit, et un tigre incapable de rester en place.

Il ne se passe presque rien, et c’est le sujet. Winnie a faim et cherche du miel. Le vent souffle. Il pleut. Bourriquet a perdu sa queue. Chaque épisode se referme sur un problème résolu par des personnages qui n’ont aucune méthode et beaucoup de bonne volonté.

Dans les coulisses : le livre comme décor

L’idée de mise en scène la plus élégante du film est aussi la plus simple : l’action se déroule à l’intérieur d’un livre. On voit les pages, le texte imprimé, la reliure. Les personnages marchent sur les lignes, se cognent contre les mots, escaladent la marge, et un narrateur leur adresse la parole depuis l’extérieur.

Winnie, coincé dans un terrier, demande ainsi au narrateur de faire quelque chose ; celui-ci fait pivoter le livre pour l’aider à sortir. Cette porosité entre le récit et son support vient directement d’A.A. Milne, dont les textes de 1926 s’adressaient déjà à son fils.

Graphiquement, le studio reprend la ligne claire des illustrations d’origine d’E.H. Shepard : aquarelles pâles, décors laissés en blanc sur les bords, aucun aplat de couleur saturé. C’est l’un des rares films Disney à respecter à ce point l’apparence du livre qu’il adapte.

Ce que seuls les fans savent

  • Grignotin, la taupe, n’existe pas chez Milne. Le personnage a été inventé par le studio pour ajouter une note américaine à un univers jugé trop anglais — et il le dit lui-même dans le film : « je ne suis pas dans le livre ».
  • Sterling Holloway, la voix originale de Winnie, était déjà le Chat du Cheshire d’Alice et le serpent Kaa du Livre de la jungle. Après lui, Jim Cummings a repris le rôle en 1988 et l’assure depuis.
  • Jean-Christophe est le fils réel de l’auteur. Christopher Robin Milne a passé sa vie à supporter d’être ce personnage, et a écrit des mémoires assez amers sur ce que la célébrité de ces livres avait fait à son enfance.
  • Les Éfélants et les Nouïfs, créatures cauchemardesques du rêve de Winnie, sont l’une des rares séquences vraiment étranges du film — un héritage direct de l’esprit de Dumbo et de ses éléphants roses.
  • Winnie est devenu la propriété la plus rentable de Disney après Mickey, générant pendant des décennies un chiffre d’affaires comparable à celui de la souris.
  • Le premier moyen métrage a été projeté en salles avant un film en prises de vues réelles, selon la pratique de l’époque — l’idée d’en faire un long est venue bien plus tard.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La Forêt des Rêves Bleus a ensuite donné une descendance considérable : Winnie l’ourson 2 : le grand voyage, Les aventures de Tigrou, Les aventures de Porcinet, Les aventures du Petit Gourou, Winnie l’ourson et l’Éfélant et Winnie l’ourson (2011).

Aucune ne retrouve tout à fait la douceur du premier — mais celui de 2011, dessiné à la main et court, s’en approche de très près.