La princesse et la grenouille

Grand Classique n° 98

La princesse et la grenouille

2009 · 1 h 37

Réalisation
Ron Clements, John Musker
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En 2004, après La Ferme se rebelle, Disney a fermé son département d’animation traditionnelle, vendu les tables lumineuses et reconverti ou licencié les dessinateurs. Le message était clair : le crayon était mort, l’avenir serait entièrement calculé.

Cinq ans plus tard, sous l’impulsion de John Lasseter arrivé à la tête du studio après le rachat de Pixar, le crayon est revenu. La Princesse et la Grenouille est le film de cette résurrection, et, tragiquement, celui qui l’a refermée.

L’histoire

La Nouvelle-Orléans, dans les années 1920. Tiana travaille deux emplois de serveuse et met de côté chaque pièce dans une boîte en fer, avec un objectif précis : racheter un ancien entrepôt à sucre et y ouvrir le restaurant dont son père rêvait sans jamais avoir pu le faire.

Pendant ce temps, la ville s’apprête à recevoir le prince Naveen, héritier désargenté d’un royaume lointain, venu chercher un mariage riche. Il croise sur son chemin le docteur Facilier, homme charmant qui propose des solutions à tous les problèmes moyennant un prix qu’on ne comprend jamais tout à fait à l’avance.

Le baiser qui devait rendre sa forme humaine à un prince transformé en grenouille produit l’effet inverse sur celle qui le donne, et les voilà tous les deux dans le bayou.

Dans les coulisses : le dernier grand film dessiné

Ron Clements et John Musker, le duo derrière La petite sirène et Aladdin, ont posé une condition pour revenir : que le film soit dessiné à la main, en 2D, avec une vraie équipe d’animateurs traditionnels. Plusieurs vétérans du studio ont été rappelés, dont certains partis depuis des années.

Le film assume son artisanat : le trait est visible, les décors sont peints, et l’animation joue sur une souplesse de mouvement que la 3D de l’époque n’atteignait pas. La séquence du docteur Facilier, en particulier, avec ses ombres qui se détachent et ses aplats violets, est un morceau d’animation traditionnelle de très haut niveau.

Randy Newman, enfant de la Louisiane, signe une partition qui traverse le jazz Nouvelle-Orléans, le gospel, le blues et le zydeco. C’est probablement la bande originale la plus musicalement documentée du catalogue.

Le film a rapporté environ 270 millions de dollars dans le monde, un résultat honorable, mais très en deçà des attentes pour un Grand Classique. La direction en a tiré une conclusion sans appel : le public ne voulait plus de 2D. Le studio n’a plus jamais produit de long métrage dessiné à la main.

Ce que seuls les fans savent

  • Tiana est la première princesse afro-américaine du catalogue, et le personnage a été retravaillé après une première salve de critiques : elle devait initialement s’appeler Maddy et être femme de chambre chez une famille blanche. Le nom et le métier ont été changés.
  • Elle est aussi la princesse qui travaille le plus. Son objectif n’est ni un prince ni un royaume, mais un local commercial, ce qui reste, à ce jour, une singularité dans la galerie des princesses Disney.
  • Le docteur Facilier est un des rares méchants Disney dont la fin est explicitement surnaturelle et franchement effrayante. Plusieurs parents ont signalé la scène comme le passage le plus terrifiant du film.
  • Le titre a coûté cher. La direction a estimé après coup que le mot « princesse » dans le titre avait détourné le public masculin, d’où le changement de titre de Raiponce l’année suivante.
  • Ray la luciole offre au film sa scène la plus émouvante, et l’une des rares du catalogue Disney à traiter la mort d’un personnage secondaire frontalement, sans détour ni retour en arrière.
  • La Nouvelle-Orléans du film est documentée quartier par quartier : l’équipe s’y est rendue quatre ans après l’ouragan Katrina, et plusieurs décors reprennent des bâtiments réels du Vieux Carré.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film mérite largement mieux que sa réputation de demi-échec : c’est l’un des Disney les mieux écrits des années 2000, et le dernier témoignage de ce que le studio savait faire avec un crayon.

À noter : Tiana a depuis donné son nom à une attraction majeure des parcs américains, preuve que le personnage a mieux vieilli que ses résultats en salles.