Grand Classique n° 20
Merlin l’enchanteur
1963 · 1 h 19
- Réalisation
- Wolfgang Reitherman
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Il y a dans Merlin l’Enchanteur une séquence de quatre minutes qui suffirait à justifier le film : le duel entre Merlin et Madame Mim, où deux sorciers se transforment en animaux de plus en plus retors pour se dévorer mutuellement. Chenille contre poule, morse contre souris, rhinocéros contre crabe, jusqu’à la conclusion, et l’issue est réglée par une idée, pas par la force.
C’est l’une des plus belles idées d’animation jamais mises au point par le studio, et elle est signée d’un seul homme.
L’histoire
L’Angleterre est sans roi. Une épée est apparue dans une enclume, à Londres, portant l’inscription selon laquelle celui qui l’en retirera sera le souverain légitime. Personne n’y parvient, et le pays sombre dans l’anarchie.
Loin de là, un garçon de douze ans surnommé Moustique sert d’écuyer et de souffre-douleur dans un château de province. En tombant dans une clairière, il atterrit littéralement chez un vieux magicien qui l’attendait, un homme qui vit à l’envers dans le temps, qui sait donc ce que l’enfant va devenir, et qui a décidé de se charger de son éducation.
Cette éducation consistera essentiellement à le transformer en poisson, en écureuil et en oiseau.
Dans les coulisses
Le scénario est l’œuvre de Bill Peet seul, cas presque unique dans un studio où l’écriture était un travail collectif d’une dizaine de personnes. C’est lui qui a choisi d’adapter The Sword in the Stone de T.H. White, premier volume de La Quête du roi Arthur, en évacuant tout l’aspect chevaleresque pour ne garder que la relation entre un vieux professeur et un gamin.
Le film marque aussi les débuts des frères Sherman sur un long métrage Disney. Richard et Robert Sherman deviendront pour la décennie suivante les compositeurs maison, avec Mary Poppins, Le Livre de la jungle et Les Aristochats.
Graphiquement, le film assume complètement le style xérographié inauguré par Les 101 Dalmatiens : trait apparent, décors esquissés, économie de moyens. C’est loin du luxe des années 1950, et c’est aussi ce qui donne à ce Disney son côté rugueux et bavard.
Ce que seuls les fans savent
- La voix de Moustique change trois fois dans le film. Le rôle a été confié à trois garçons différents (dont deux fils du réalisateur Wolfgang Reitherman) parce que les mues successives rendaient les enregistrements inutilisables. Les sautes de timbre sont audibles.
- Merlin cite des inventions qui n’existent pas encore parce qu’il vit à rebours du temps : il parle d’avions, de moteurs et rapporte de ses voyages des objets du XXe siècle. Le gag du chapeau melon et des lunettes de soleil dans un film médiéval vient de là.
- Archimède le hibou vole une bonne partie du film. Ronchon, cultivé et parfaitement conscient de la bêtise ambiante, il est l’un des personnages secondaires les plus réussis de cette période du studio.
- Madame Mim n’apparaît que quinze minutes et reste pourtant l’une des méchantes les plus mémorables du catalogue : sans plan machiavélique, sans royaume à conquérir, juste par goût du sale coup.
- Bill Peet quittera le studio quatre ans plus tard, après un conflit avec Walt Disney sur Le Livre de la jungle. Ce film est l’un des rares où l’on entend sa voix d’écrivain sans filtre.
- Le film n’a jamais eu le prestige des grands classiques, mais son influence est réelle : la relation maître-élève et le motif de la transformation en animaux ont marqué toute une génération d’auteurs de fantasy pour la jeunesse.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Un remake en prises de vues réelles est régulièrement annoncé depuis une dizaine d’années sans jamais se concrétiser.
Si vous ne devez en revoir qu’une scène, c’est le duel de magie. Regardez-la en observant les transitions : chaque transformation découle logiquement de la précédente, et l’ensemble constitue un cas d’école d’écriture visuelle.