Grand Classique n° 113
Vice-versa
2015 · 1 h 35
- Réalisation
- Pete Docter, Ronaldo Del Carmen
- Avec
- Charlotte Le Bon (Joie), Pierre Niney (Peur), Gilles Lellouche (Colère)
Pete Docter a eu l’idée de ce film en regardant sa fille de onze ans changer. L’enfant joyeuse et bavarde qu’il connaissait devenait renfermée, et il ne comprenait pas ce qui se passait dans sa tête.
La question — que se passe-t-il là-dedans ? — a donné l’un des films les plus ambitieux jamais produits par un grand studio : une fiction sur le fonctionnement de la mémoire et de l’affect, validée par des chercheurs, et qui se termine sur une thèse que personne n’attendait dans un film pour enfants.
L’histoire
Dans la tête de Riley, onze ans, cinq émotions tiennent un poste de commande : Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Joie dirige les opérations depuis la naissance et considère que son travail consiste à maintenir Riley heureuse le plus longtemps possible.
Sa principale difficulté est Tristesse, dont elle ne comprend pas la fonction et qu’elle passe ses journées à tenir à l’écart des commandes.
Quand la famille déménage du Minnesota à San Francisco, Joie et Tristesse se retrouvent expulsées du quartier général, perdues dans les couloirs de la mémoire à long terme — laissant Riley aux mains de la Colère, de la Peur et du Dégoût. Ce qui, chez une enfant qui vient de tout quitter, est exactement la mauvaise équipe.
Dans les coulisses : le film le plus documenté du studio
Pixar a travaillé avec des chercheurs en psychologie des émotions, dont Dacher Keltner, professeur à Berkeley, et Paul Ekman, connu pour ses travaux sur les expressions faciales.
Le scénario initial comptait vingt-sept émotions. Impossible à mettre en scène : l’équipe a demandé aux chercheurs lesquelles étaient les plus fondamentales, et a réduit le casting à cinq. L’Espoir et la Surprise ont été écartées en cours de route.
Chaque élément de l’architecture mentale du film correspond à une notion réelle : la consolidation de la mémoire pendant le sommeil, l’oubli progressif, la reconstruction des souvenirs, les îlots de personnalité. Le film prend des libertés, mais aucune n’est gratuite.
Le design des personnages traduit aussi une idée : chaque émotion est faite de particules lumineuses en mouvement, et non de surfaces lisses. Il a fallu développer un rendu spécifique pour que Joie scintille sans que le spectateur y pense.
Ce que seuls les fans savent
- La thèse du film est que la tristesse est utile. C’est elle qui appelle les autres à l’aide, elle qui permet de dire qu’on ne va pas bien. Un film pour enfants qui explique qu’il ne faut pas chercher à être heureux tout le temps : c’est plus subversif qu’il n’y paraît.
- Bing Bong a provoqué dans les salles une réaction que Pixar n’avait pas anticipée à ce point. Sa scène est régulièrement citée comme la plus déchirante du studio, à égalité avec l’ouverture de Là-haut.
- Les émotions des parents fonctionnent différemment : celles de la mère se ressemblent toutes, celles du père portent une moustache et sont organisées comme une salle de contrôle militaire. C’est la meilleure blague du film et elle passe en dix secondes.
- Le film a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation et a été nommé au meilleur scénario original — distinction rare pour un film animé.
- La séquence de la pensée abstraite, où les personnages se décomposent en formes géométriques puis en dessins à plat, est un morceau d’animation expérimentale glissé au milieu d’un blockbuster.
- Le générique de fin montre l’intérieur de la tête d’un chien, d’un chat, d’une conductrice et d’un professeur — chacun avec ses propres cinq émotions.
Le doublage français
La version française réunit une distribution inhabituelle : Charlotte Le Bon en Joie, Pierre Niney en Peur et Gilles Lellouche en Colère. Le choix de comédiens de cinéma plutôt que de professionnels du doublage donne au film un ton particulier, plus proche du jeu naturaliste.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La suite, Vice-versa 2, sortie en 2024, aborde l’arrivée de l’anxiété à l’adolescence — et est devenue le film d’animation le plus rentable de tous les temps.