Atlantide, l’empire perdu

Grand Classique n° 61

Atlantide, l’empire perdu

2001 · 1 h 35

Réalisation
Gary Trousdale, Kirk Wise
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Après La Belle et la Bête et Le Bossu de Notre-Dame, Gary Trousdale et Kirk Wise avaient gagné le droit de faire ce qu’ils voulaient. Ils ont demandé un film d’aventure pulp, en format large, sans une seule chanson, sans personnage comique animalier, et dessiné dans un style anguleux emprunté à la bande dessinée américaine.

Le studio a dit oui. Le public n’a pas suivi, et c’est l’un des échecs les plus injustes du catalogue.

L’histoire

1914. Milo Thatch est linguiste et cartographe au Smithsonian, où personne ne le prend au sérieux depuis qu’il défend l’existence de l’Atlantide sur la foi des travaux de son grand-père.

Un industriel excentrique, ami du défunt, lui remet le carnet de bord qui contient les coordonnées, et finance une expédition complète : un sous-marin, deux cents hommes d’équipage, et une équipe de spécialistes aussi compétents qu’inquiétants.

Ce qu’ils trouvent au fond de l’océan n’est pas une ruine. C’est une civilisation vivante, qui a perdu la mémoire de sa propre technologie et dont la langue n’est plus comprise que par une poignée d’anciens.

Dans les coulisses

Le style graphique est confié à Mike Mignola, auteur de Hellboy, dont le trait — masses noires, angles durs, silhouettes découpées — est à peu près l’antithèse de la ligne Disney. Les personnages ont des mâchoires carrées, les décors sont géométriques, et la palette joue sur des contrastes violents.

Le film est tourné en format large 2.35:1, le plus large jamais employé par le studio pour un film d’animation, ce qui impose des compositions horizontales et des plans très habités.

Le détail le plus remarquable est linguistique : la langue atlante a été entièrement construite par Marc Okrand, le linguiste qui avait créé le klingon pour Star Trek. Ce n’est pas du charabia — c’est un système avec une grammaire, une syntaxe et un lexique, conçu pour ressembler à une langue-mère plausible dont dériveraient les langues connues.

Ce que seuls les fans savent

  • Aucune chanson, aucun numéro musical. Le film assume d’être un film d’aventure et non une comédie musicale — décision radicale pour un Disney de cette période, et probablement l’une des causes de son échec commercial.
  • Le film a coûté environ 120 millions de dollars et n’a jamais atteint l’équilibre attendu. Une série télévisée dérivée était en préparation ; elle a été transformée en suite vidéo, Atlantide, le retour de Milo, sortie en 2003.
  • Les similitudes avec Nadia, le secret de l’eau bleue, série d’animation japonaise de 1990 elle-même inspirée de Jules Verne, ont été relevées dès la sortie et régulièrement débattues depuis. Le studio a nié toute influence.
  • L’équipage de l’expédition est l’un des mieux écrits du catalogue : chaque spécialiste a une fonction, une personnalité et une raison d’être là, et le film prend le temps de les caractériser sans les réduire à des faire-valoir.
  • Le film utilise abondamment l’image de synthèse pour les véhicules, le sous-marin et les machines atlantes, intégrés au dessin traditionnel — l’une des dernières grandes démonstrations de cette hybridation avant l’abandon de la 2D.
  • Il a acquis un statut culte durable, notamment auprès du public qui l’a découvert en vidéo, et figure régulièrement en tête des classements de Disney sous-estimés.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray, dans son format large d’origine — ce qui compte beaucoup pour un film composé pour ce cadre.

À voir si vous aimez l’aventure à l’ancienne, les machines à vapeur et les civilisations perdues. À éviter si vous cherchez un Disney qui chante : celui-ci ne chantera pas.