Grand Classique n° 95
Volt, star malgré lui
2008 · 1 h 36
- Réalisation
- Chris Williams, Byron Howard
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Ce film est le point de bascule. Avant lui, Disney Animation enchaînait les échecs depuis presque dix ans. Après lui viennent La Princesse et la Grenouille, Raiponce, Les Mondes de Ralph et La Reine des Neiges.
C’est le premier film sorti sous la supervision de John Lasseter, nommé directeur de la création après le rachat de Pixar par Disney. Sa naissance a été douloureuse.
L’histoire
Volt est un berger allemand vedette d’une série télévisée où il possède des super-pouvoirs et sauve sa maîtresse des méchants chaque semaine.
Le problème est que personne ne lui a jamais dit que c’était une fiction. Pour préserver la qualité de son jeu, la production le maintient dans l’illusion complète : décors permanents, figurants qui ne sortent pas de leur rôle, effets spéciaux invisibles pour lui.
Le jour où il s’échappe du plateau, persuadé que sa maîtresse a été enlevée pour de bon, il se retrouve à New York — sans pouvoirs, sans repères, et convaincu que le monde entier est une conspiration.
Dans les coulisses : le film d’un autre
Le projet s’appelait American Dog et était porté par Chris Sanders, auteur de Lilo & Stitch. Sa version était plus étrange, plus mélancolique, avec un désert, un lapin borgne et un tout autre ton.
À son arrivée, John Lasseter a jugé le film ingérable et a demandé des changements majeurs. Chris Sanders a refusé et a quitté le studio. Il est parti chez DreamWorks, où il a réalisé Dragons — l’un des plus beaux films d’animation de la décennie suivante.
Le film a été repris par Chris Williams et Byron Howard, largement réécrit, et transformé en ce qu’il est aujourd’hui : une comédie d’aventure sur un animal qui doit désapprendre ce qu’il croit être.
Techniquement, l’équipe a développé un rendu volontairement non photoréaliste, cherchant l’aspect d’une peinture à l’huile plutôt que la précision optique. Les arrière-plans sont flous, les couleurs adoucies, les contours estompés — c’est l’un des premiers films 3D à revendiquer une texture picturale, chemin que Raiponce poussera deux ans plus tard.
Ce que seuls les fans savent
- Rhino le hamster a été conçu comme un personnage secondaire mineur et a fini par devenir la figure la plus populaire du film — au point d’avoir droit à son propre court métrage.
- Le film s’ouvre sur cinq minutes de série télévisée, montées comme un vrai épisode d’action, avant de révéler le plateau. C’est l’une des meilleures introductions du studio moderne.
- Les pigeons de New York et ceux de Los Angeles ne parlent pas de la même chose et n’ont pas le même comportement : blague d’initiés sur les milieux du cinéma, glissée dans un film pour enfants.
- Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation, battu par Wall-E.
- John Travolta double Volt en version originale et interprète la chanson du générique en duo avec Miley Cyrus, alors au sommet de sa carrière télévisée chez Disney.
- Le sujet réel du film est la fabrication du spectacle — ce que le divertissement fait à ceux qui le produisent, et ce qu’on accepte de leur cacher pour que ce soit convaincant. C’est nettement plus mordant que ce que la jaquette laisse supposer.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il est resté dans l’ombre des films qui l’ont suivi, alors qu’il est celui qui leur a ouvert la voie — et qu’il tient parfaitement debout aujourd’hui.