Grand Classique n° 106
Les mondes de Ralph
2012 · 1 h 41
- Réalisation
- Rich Moore
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Réunir dans un même plan Bowser, Zangief, un fantôme de Pac-Man et le docteur Robotnik supposait d’obtenir l’accord de Nintendo, de Capcom, de Namco et de Sega, c’est-à-dire de convaincre des concurrents directs de prêter simultanément leurs personnages les plus précieux à un studio tiers. Personne n’avait réussi ça avant.
Le film est allé les chercher un par un, et le résultat est le plus bel hommage jamais rendu au jeu vidéo par le cinéma.
L’histoire
Ralph est le méchant de Félix Jr., une borne d’arcade des années 1980 où il démolit un immeuble que le héros répare. Depuis trente ans, il fait son travail correctement : il casse, Félix répare, les habitants remercient Félix et jettent Ralph du toit.
Le soir, quand la salle ferme, Félix va à des fêtes et Ralph dort dans un tas de briques.
Le jour où il comprend que rien ne changera jamais, il quitte son jeu pour aller gagner une médaille ailleurs, ce qui, dans un univers où sortir de son programme signifie mettre en péril l’ensemble de la salle d’arcade, constitue à peu près la pire décision possible.
Dans les coulisses
Rich Moore vient de la télévision : il a réalisé des dizaines d’épisodes des Simpson et de Futurama. Ce recrutement inhabituel se sent dans le rythme du film, sa densité de gags et sa manière de traiter un univers de références sans jamais s’arrêter pour les expliquer.
Le travail le plus subtil est celui de l’animation différenciée. Les personnages issus de bornes des années 1980 se déplacent par saccades, à la manière des sprites limités en images par seconde ; ceux des jeux récents bougent normalement. Quand un habitant de Félix Jr. entre dans un jeu de tir moderne, son mouvement reste heurté. C’est une idée simple, tenue de bout en bout, et elle porte tout l’humour visuel du film.
Chaque univers a par ailleurs sa propre grammaire graphique : néons et polygones bruts pour le jeu de guerre, pâte à sucre et couleurs saturées pour Sugar Rush, aplats pixellisés pour l’arcade d’origine.
Ce que seuls les fans savent
- Nintendo a prêté Bowser mais a refusé Mario. Le personnage est évoqué dans un dialogue (« Mario est en retard ») sans jamais apparaître, faute d’accord sur les conditions.
- La réunion des méchants anonymes rassemble, entre autres, Zangief de Street Fighter, le docteur Robotnik de Sonic, un fantôme de Pac-Man et le zombie de House of the Dead. Chaque studio a validé son personnage individuellement.
- Le graffiti « Aerith lives », visible sur un mur de la gare centrale, est une référence à Final Fantasy VII qui a fait hurler de joie une génération entière de joueurs.
- Q*bert et ses compagnons parlent leur vrai langage, celui des bulles incompréhensibles du jeu de 1982, sous-titré dans le film.
- Le twist du roi Candy est construit sur une convention de jeu vidéo que le film n’explique jamais mais que tout joueur reconnaît immédiatement : le glitch, l’erreur d’affichage, le personnage qui « saute » d’une position à l’autre.
- Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation, battu par Rebelle, le seul grand regret d’une année par ailleurs excellente pour l’animation.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La suite, Ralph 2.0 (2018), déplace l’action sur Internet et vaut surtout pour sa séquence réunissant toutes les princesses Disney dans la même pièce, l’un des meilleurs moments d’autodérision de la maison.
Petit exercice pour les amateurs : le film contient plus de cent quatre-vingts références identifiées à des jeux existants. Une deuxième vision, télécommande à portée de main, est vivement conseillée.