Le monde de Némo

Grand Classique n° 72

Le monde de Némo

2003 · 1 h 40

Réalisation
Andrew Stanton
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Il y a une ironie amère au cœur du succès de ce film. Le Monde de Némo raconte l’histoire d’un poisson arraché à son récif et enfermé dans un aquarium, dont toute l’ambition est de retourner à l’océan. Le message ne pouvait pas être plus clair.

Dans les mois qui ont suivi la sortie, la demande mondiale de poissons-clowns domestiques a explosé, et les prélèvements sur les récifs avec elle. Des associations de protection marine ont dû lancer des campagnes pour expliquer aux parents que non, offrir un poisson-clown à son enfant n’était pas la bonne façon d’aimer ce film.

L’histoire

Marin est un poisson-clown veuf et terrifié. Il a de bonnes raisons de l’être : le film s’ouvre sur une scène d’une brutalité que Pixar n’avait jamais osée, et qui explique en trois minutes pourquoi cet animal passe ses journées à compter les dangers.

Son fils unique, Némo, né avec une nageoire atrophiée, supporte de moins en moins cette surveillance. Un matin, pour prouver quelque chose à son père, il nage vers le large, et se fait capturer par un plongeur.

Marin part alors traverser l’océan Pacifique. Il sera accompagné, sans l’avoir demandé, par une demoiselle-poisson bleue à la mémoire immédiate défaillante, qui oublie une phrase à peine l’a-t-elle dite.

Dans les coulisses : apprendre à voir sous l’eau

Toute l’équipe est passée par des cours de biologie marine dispensés au studio par un professeur de l’université de Californie. Les animateurs ont appris à plonger, visité des aquariums, disséqué la façon dont un poisson se déplace réellement : un poisson ne « nage » pas comme on l’imagine, il ondule et se laisse porter.

La difficulté technique majeure n’était pas les poissons mais l’eau elle-même : les rayons lumineux qui se décomposent en réseau mouvant sur le sable, les particules en suspension, la façon dont la couleur se perd avec la profondeur. Le studio a passé des mois sur ces caustiques, au point que la première version rendue était si réaliste que le public ne savait plus s’il regardait un film d’animation, et l’équipe a dû la styliser en arrière.

Andrew Stanton a raconté que l’origine du film tenait à deux choses : un souvenir d’enfance devant l’aquarium du cabinet de son dentiste, et le sentiment, devenu père, d’être en train d’étouffer son fils à force de le protéger.

Ce que seuls les fans savent

  • Dory a été écrite pour Ellen DeGeneres. Andrew Stanton l’a vue changer de sujet quatre fois en une phrase dans son émission et a su, à cet instant, quel serait le personnage.
  • Némo doit son nom au capitaine Nemo de Jules Verne, et, en latin, nemo signifie « personne ».
  • L’adresse du dentiste est un point de repère mondial : « P. Sherman, 42 Wallaby Way, Sydney ». Elle n’existe pas, mais des milliers de touristes l’ont cherchée.
  • Le poisson-clown change de sexe dans la nature. À la mort de la femelle dominante, le mâle du couple devient femelle. Appliqué au film, cela donnerait un premier acte très différent : l’équipe le savait et a choisi de ne pas y toucher.
  • La bande de requins en cure de désintoxication parodie les réunions des Alcooliques anonymes, jusqu’au slogan affiché au mur. C’est l’une des blagues les plus adultes du catalogue Pixar.
  • Le film a reçu l’Oscar du meilleur film d’animation et est resté pendant des années le DVD le plus vendu de tous les temps.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La suite, Le Monde de Dory (2016), déplace le point de vue sur le personnage de Dory et sur son handicap, un choix plus délicat qu’il n’y paraît, plutôt bien tenu.

Un conseil de visionnage : regardez la scène des tortues de mer en prêtant attention au montage sonore. Le courant est-australien y est traité comme une autoroute, avec un mixage qui donne physiquement la sensation de la vitesse : du grand travail de bande-son, largement passé inaperçu.