Grand Classique n° 117

Vaiana : la légende du bout du monde

2016 · 1 h 47

Réalisation
Ron Clements, John Musker
Avec
Cerise Calixte (Vaiana), Anthony Kavanagh (Maui)

Première chose à savoir, et c’est une question que tous les fans français ont posée : pourquoi le film ne s’appelle-t-il pas Moana en France ?

Parce que « Moana » est une marque déposée en Europe, et parce que le nom renvoyait par ailleurs à une actrice italienne dont la notoriété n’était pas compatible avec un film familial. Le studio a donc rebaptisé son héroïne Vaiana — « eau de la grotte » en tahitien — pour l’ensemble du territoire européen. En Italie, elle s’appelle même Oceania.

L’histoire

Sur l’île de Motunui, la tradition est claire : personne ne franchit la barrière de corail. Vaiana, fille du chef et future dirigeante, passe pourtant son enfance à s’approcher du rivage, attirée par un océan qui semble la reconnaître.

Le jour où les récoltes s’épuisent et où les poissons désertent le lagon, elle apprend de sa grand-mère ce que son père lui a caché : leur peuple était un peuple de navigateurs, et les pirogues de leurs ancêtres dorment dans une grotte.

Pour sauver l’île, il faut retrouver le demi-dieu Maui, lui faire rendre ce qu’il a volé mille ans plus tôt, et traverser un océan que personne de sa génération n’a jamais affronté.

Dans les coulisses : l’Oceanic Story Trust

Le studio a mis en place un comité de consultants — anthropologues, historiens, navigateurs traditionnels, chefs coutumiers, linguistes — issus de Samoa, des Fidji, de Tahiti et d’Hawaï, réuni tout au long de la production.

Ce conseil a fait modifier des éléments substantiels du film. La représentation de Maui, jugée irrespectueuse dans les premières versions, a été retravaillée. Ses tatouages, qui s’animent, racontent ses exploits selon une logique conforme aux traditions du tatau. Le motif du « long pause » — cette période historique réelle d’environ mille ans pendant laquelle les Polynésiens ont cessé leurs grandes expéditions avant de les reprendre — est au cœur du récit.

Techniquement, l’enjeu majeur était l’océan lui-même, qui n’est pas un décor mais un personnage : il pousse, retient, taquine, exprime de l’impatience. Il a fallu concilier un rendu d’eau physiquement crédible avec un comportement de comédien, ce qui n’avait jamais été tenté à cette échelle.

Ce que seuls les fans savent

  • Lin-Manuel Miranda signe les chansons, entre Hamilton et sa consécration mondiale, avec Opetaia Foa’i — musicien originaire des Samoa — et Mark Mancina. Les paroles mêlent l’anglais, le samoan et le tokelau.
  • Auli’i Cravalho avait quatorze ans à son enregistrement, et n’avait jamais joué. Elle a été repérée en dernier, après un long casting dans tout le Pacifique.
  • Le film est signé Ron Clements et John Musker, les auteurs de La petite sirène et d’Aladdin — c’est leur dernier film pour le studio, et leur premier entièrement en images de synthèse.
  • Il n’y a pas d’histoire d’amour, ce que le studio a assumé dès le départ. La relation centrale est celle entre une adolescente et un demi-dieu vexé.
  • Le coq Heihei devait être coupé : jugé trop bête pour servir à quoi que ce soit, il a été sauvé par John Lasseter, qui trouvait précisément cette bêtise irrésistible.
  • Le kakamora, les petits pirates en noix de coco, sont inspirés d’une créature du folklore des îles Salomon.

Le doublage français

Cerise Calixte, révélée par ce rôle, assure la voix parlée et chantée de Vaiana, et sa version du « Bleu lumière » a rencontré un vrai succès. Anthony Kavanagh prête à Maui une gouaille qui fonctionne particulièrement bien sur un personnage aussi imbu de lui-même.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite, Vaiana 2, est sortie en 2024, et un remake en prises de vues réelles est en préparation.

Le court métrage Inner Workings, projeté avec le film en salles, mérite d’être vu : quatre minutes sur un employé de bureau, son cerveau et son cœur, sans un mot de dialogue.