Robin des bois

Grand Classique n° 25

Robin des bois

1973 · 1 h 23

Réalisation
Wolfgang Reitherman
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Regardez attentivement la scène de danse au campement, dans la deuxième moitié du film. Les mouvements de Belle Marianne sont ceux de Blanche-Neige, décalqués depuis le film de 1937. Petit Jean reprend la gestuelle de Baloo. La séquence entière emprunte à Les Aristochats et au Livre de la jungle.

Le studio n’avait plus d’argent. Robin des Bois a été fabriqué avec les moyens du bord, et c’est pourtant l’un des films les plus tendrement aimés du catalogue.

L’histoire

Le roi Richard est parti en croisade. Son frère, le prince Jean, occupe le trône en son absence et n’a qu’une méthode de gouvernement : l’impôt, levé jusqu’au dernier sou, sur des paysans qui n’en ont plus.

Dans la forêt de Sherwood, un renard nommé Robin et un ours nommé Petit Jean détroussent les collecteurs et redistribuent le produit. Le shérif de Nottingham court après eux sans grande conviction, le prince Jean suce son pouce en appelant sa mère, et un serpent conseiller s’occupe des idées.

Tout le film tient dans cette galerie d’animaux, le choix qui a fait sa réputation.

Dans les coulisses : faire un film sans budget

Le début des années 1970 est la période la plus fragile du studio. Sans Walt Disney, sans vision claire, avec des coûts d’animation qui explosent et des recettes en baisse, le département survit en recyclant.

La technique s’appelle le rotoscoping interne : on reprend des mouvements déjà animés dans les films précédents, on redessine les personnages par-dessus, on change les costumes. La pratique était courante à l’époque et parfaitement assumée par Wolfgang Reitherman, qui la considérait comme une manière d’économiser sur ce qui ne se voit pas pour dépenser sur ce qui se voit.

L’idée de transposer la légende avec des animaux vient de plus loin : le studio nourrissait depuis les années 1930 un projet d’adaptation du Roman de Renart, jamais concrétisé. Robin en renard en est le vestige direct.

Ce que seuls les fans savent

  • Le film est raconté par un coq ménestrel nommé Adam de la Halle, doublé en version originale par Roger Miller, star de la country américaine. Sa chanson d’ouverture, sifflée, est devenue l’un des morceaux les plus reconnaissables du catalogue Disney.
  • Le prince Jean est doublé par Peter Ustinov en version originale, et par le même acteur dans la version allemande, qu’il a enregistrée lui-même.
  • La fin a été changée. Le montage initial prévoyait la mort de Robin dans l’église en flammes, sauvé in extremis par le roi Richard. Jugée trop sombre, la séquence a été remplacée par la version que l’on connaît. Les storyboards de la fin abandonnée figurent en bonus de certaines éditions.
  • Robin est l’un des personnages les plus populaires du catalogue chez les adultes, et fait l’objet d’un culte durable sur internet depuis les années 2010, phénomène que le studio n’avait pas anticipé pour un film de 1973.
  • Triste Sire, le serpent, est doublé par Terry-Thomas en version originale, et son animation par Milt Kahl est considérée comme le sommet du film : un personnage sans bras ni jambes, entièrement expressif par la seule ondulation.
  • Le shérif de Nottingham est un loup, et le prince Jean un lion sans crinière, détail qui souligne visuellement son illégitimité tout au long du film.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film est régulièrement classé parmi les plus faibles du catalogue par la critique, et parmi les préférés par le public, un écart qui dure depuis cinquante ans.

Si vous le revoyez, faites l’exercice du recyclage : identifier les plans réutilisés transforme le visionnage en jeu de piste, et donne une leçon accélérée d’économie de production.