Grand Classique n° 53
Toy Story 2
1999 · 1 h 32
- Réalisation
- John Lasseter
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Un jour de 1998, quelqu’un chez Pixar a lancé une commande d’effacement sur le mauvais répertoire du serveur. En quelques secondes, des mois de travail sur Toy Story 2 ont disparu : les modèles, les décors, les plans animés. Les équipes ont regardé les fichiers s’évaporer en temps réel.
Le système de sauvegarde, lui, était défaillant depuis plusieurs semaines sans que personne s’en aperçoive. Le film était perdu.
Il a été récupéré parce qu’une superviseuse technique en congé maternité travaillait depuis chez elle et disposait d’une copie relativement récente sur son ordinateur personnel. La machine a été transportée jusqu’au studio enveloppée dans des couvertures, comme un blessé.
L’histoire
Woody se prépare à partir en colonie de vacances avec Andy quand son bras se déchire. Relégué sur l’étagère, il assiste au départ des autres et découvre le sort réservé aux jouets cassés.
Le lendemain, lors d’un vide-grenier organisé par la mère d’Andy, il se fait voler par un homme au menton pointu, collectionneur qui a immédiatement reconnu la valeur de la pièce.
Woody découvre alors qu’il n’est pas un jouet quelconque : il est le héros d’une série télévisée des années 1950, la vedette d’une collection complète, et sa présence permettrait de vendre l’ensemble à un musée japonais. Une cowgirl, un cheval et un prospecteur encore sous emballage l’attendent depuis des décennies.
Dans les coulisses : le film refait deux fois
Le projet devait initialement sortir directement en vidéo, avec une équipe réduite et un budget limité. En cours de route, la direction a décidé d’en faire un vrai film de cinéma, mais le montage existant a été jugé médiocre par John Lasseter et par le noyau créatif de Pixar.
Décision a été prise de tout refaire en neuf mois. Les équipes ont travaillé dans des conditions extrêmes, et plusieurs employés ont ensuite raconté les blessures de surmenage : des tendinites massives, des cas d’épuisement. Le studio en a tiré des leçons durables sur ses méthodes de production.
Le résultat est l’une des rares suites unanimement considérées comme supérieures à l’original.
Ce que seuls les fans savent
- « Quand elle m’aimait » est la séquence la plus dure du film. Deux minutes racontant l’abandon de Jessie par sa propriétaire devenue adolescente, sans un mot de dialogue. Beaucoup d’adultes citent ce passage comme le moment où ils ont compris que cette série ne parlait pas vraiment de jouets.
- Le film invente une émission télévisée entière, Woody’s Roundup, avec son générique, ses marionnettes et son noir et blanc, reconstitution méticuleuse des programmes pour enfants américains des années 1950.
- La séquence d’ouverture est un faux jeu vidéo, révélé comme tel après plusieurs minutes. C’est l’une des meilleures introductions du studio.
- Le magasin Al’s Toy Barn contient des dizaines de références à d’autres films Pixar, dont une allée entière de personnages de 1001 pattes.
- La scène des Buzz alignés en rayon pose une question que le premier film n’avait fait qu’effleurer : que se passe-t-il quand on rencontre des centaines d’exemplaires de soi-même ?
- L’incident de l’effacement est aujourd’hui enseigné dans les écoles d’informatique comme cas d’école sur les sauvegardes, et raconté par les intéressés dans les bonus des éditions physiques.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La saga se poursuit avec Toy Story 3 (2010) et un quatrième volet sorti en 2019.
Un détail pour les amateurs : les faux ratés de tournage du générique de fin (les personnages qui se trompent, qui rient, qui ratent leur entrée) ont été inventés par Pixar sur ce film et sur 1001 pattes. L’idée a depuis été copiée par toute l’industrie.