Grand Classique n° 52
Tarzan
1999 · 1 h 28
- Réalisation
- Chris Buck, Kevin Lima
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Tarzan est le dernier grand succès de ce qu’on appelle la Renaissance Disney — cette décennie ouverte par La petite sirène en 1989 et qui aura produit, coup sur coup, la moitié des films que les gens citent quand on leur dit « Disney ». Après lui, le studio entre dans une longue traversée du désert dont il ne sortira qu’avec Raiponce, onze ans plus tard.
Autant dire qu’il ferme la porte en beauté.
L’histoire
Un naufrage sur une côte d’Afrique. Un couple d’Anglais construit une cabane dans les arbres pour y élever son nourrisson. Quelques mois plus tard, un léopard entre dans la cabane, et l’enfant est le seul survivant.
Il est recueilli par Kala, gorille qui vient elle-même de perdre son petit, contre l’avis de Kerchak, le mâle dominant, qui ne veut pas de cet animal étrange et sans poils dans son groupe.
Tarzan grandit donc en essayant d’être ce qu’il n’est pas, jusqu’au jour où une expédition scientifique britannique débarque sur la côte — avec un professeur, sa fille Jane, et un guide armé dont les intentions ne sont pas exactement celles annoncées.
Dans les coulisses : le Deep Canvas
Le problème posé à l’équipe était le suivant : Tarzan devait se déplacer dans la jungle en glissant sur les branches, à toute vitesse, avec une caméra qui le suit. En animation traditionnelle, un décor est une peinture plate ; dès que la caméra bouge en profondeur, tout s’effondre.
Le studio a donc développé le Deep Canvas, un outil qui permettait de peindre à la main dans un espace en trois dimensions. Les artistes appliquaient leurs coups de pinceau sur des surfaces modélisées ; l’ordinateur mémorisait la position de chaque touche dans l’espace et recalculait le décor à mesure que la caméra se déplaçait. Le rendu reste pictural, la caméra devient libre.
Les séquences de surf sur les branches — inspirées, de l’aveu de l’équipe, du skateboard et du snowboard — n’existeraient pas sans cet outil. L’invention a valu au studio une reconnaissance technique de l’Académie des Oscars.
Le personnage de Tarzan lui-même a été animé par Glen Keane, à qui l’on doit déjà Ariel et la Bête. Il a demandé que le héros se déplace comme un athlète et non comme un homme des bois : d’où cette démarche à quatre appuis, ces épaules qui portent tout le corps, cette manière de ne jamais être immobile.
Ce que seuls les fans savent
- Phil Collins a chanté les chansons en cinq langues — anglais, français, espagnol, italien et allemand. La version française de « Toujours dans mon cœur », c’est bien lui, phonétiquement coaché, et c’est ce qui fait la saveur particulière de la VF.
- Il a reçu l’Oscar de la meilleure chanson originale pour ce morceau. C’est son unique Oscar.
- Les personnages ne chantent pas. Comme chez Pixar, la musique commente l’action depuis l’extérieur au lieu d’être interprétée par les protagonistes — une rupture nette avec la formule Broadway qui avait porté toute la décennie.
- Le film a coûté environ 130 millions de dollars, ce qui en faisait à sa sortie l’un des films d’animation les plus chers jamais produits.
- Le léopard Sabor n’a aucun équivalent chez Edgar Rice Burroughs. Dans les romans, « Sabor » est le nom générique donné aux lionnes par les grands singes.
- Kerchak est le père adoptif le plus dur du catalogue Disney, et le film refuse de l’adoucir jusqu’au bout. Sa dernière réplique est l’une des plus sobres jamais écrites par le studio.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite vidéo, Tarzan 2, est sortie en 2005 et raconte l’enfance du personnage.
À signaler pour les curieux de technique : les bonus des éditions physiques contiennent une démonstration du Deep Canvas en action, où l’on voit la caméra tourner à l’intérieur d’une peinture. C’est l’un des rares moments où l’on comprend physiquement ce que fait un outil d’animation.