Grand Classique n° 125
Soul
2020 · 1 h 40
- Réalisation
- Pete Docter, Kemp Powers
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Sorti le jour de Noël 2020, directement sur Disney+ — les salles étaient fermées dans une bonne partie du monde. Le film n’a donc jamais connu de vraie carrière en exploitation, ce qui est une injustice : c’est le Pixar le plus ambitieux depuis Wall-E.
L’histoire
Joe Gardner enseigne la musique dans un collège de New York. Il vient d’obtenir sa titularisation, ce qui réjouit sa mère et le désespère : il rêve depuis toujours d’être pianiste de jazz, et se voit soudain assigné à vie à un poste stable.
Le même jour, un ancien élève lui décroche une audition avec une saxophoniste réputée. Il la réussit. Il décroche le concert du soir.
En rentrant chez lui, euphorique, il tombe dans une bouche d’égout.
Ce qui suit se déroule entre le Grand Après, où il refuse catégoriquement d’aller, et le Grand Avant, où les âmes acquièrent une personnalité avant de rejoindre la Terre — et où on lui confie une âme numérotée 22, qui n’a aucune envie de vivre et le fait savoir depuis plusieurs siècles.
Dans les coulisses
Pete Docter a associé à la réalisation Kemp Powers, dramaturge, pour que le film ne raconte pas la vie d’un homme noir de New York vu de l’extérieur. Un groupe de consultants a également accompagné toute la production — sur le quartier, le barbier, l’église, la tenue vestimentaire, la manière de parler.
Musicalement, le film repose sur deux univers distincts et deux équipes :
- Jon Batiste pour tout le jazz — il a composé et joué les morceaux de Joe, et les animateurs ont filmé ses mains pour reproduire exactement le jeu au piano.
- Trent Reznor et Atticus Ross, du groupe Nine Inch Nails, pour les mondes des âmes — nappes électroniques et textures abstraites, à l’opposé de tout ce que Pixar avait employé jusque-là. Ils ont remporté l’Oscar de la meilleure musique.
Ce que seuls les fans savent
- La thèse du film est contre-intuitive : il ne s’agit pas de trouver sa vocation. Le film démonte explicitement l’idée que la vie aurait un but à accomplir, et propose autre chose — regarder ce qui est là.
- La séquence de « la zone », cet état où un musicien se perd dans son jeu, est représentée comme un espace réel, voisin de celui où errent les âmes obsessionnelles. C’est la plus belle idée visuelle du film.
- Le film a remporté deux Oscars — meilleur film d’animation et meilleure musique originale.
- La graine d’érable et la scène de la pizza sont devenues, pour beaucoup de spectateurs, le vrai souvenir du film — bien plus que ses péripéties.
- Les compteurs d’âmes, personnages en deux dimensions dessinés d’un trait continu, sont inspirés des œuvres de Pablo Picasso et d’Alexander Calder.
- C’est le premier Pixar avec un protagoniste noir, vingt-cinq ans après la fondation du studio.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. À voir avec le son le plus soigné dont vous disposez : c’est autant un film de musique qu’un film d’animation.
À noter pour les parents : le film est parfaitement regardable en famille, mais son sujet — un homme qui meurt le jour où sa vie commence — parle surtout aux adultes.