Grand Classique n° 51
1001 pattes
1998 · 1 h 35
- Réalisation
- John Lasseter, Andrew Stanton
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À l’automne 1998, deux films d’animation sur des fourmis sont sortis à cinq semaines d’intervalle. Fourmiz, produit par DreamWorks, et 1001 pattes, produit par Pixar. Ce n’était pas une coïncidence, et l’affaire a envenimé pour des années les relations entre les deux studios.
Jeffrey Katzenberg venait de quitter Disney en très mauvais termes pour fonder DreamWorks. Le projet Pixar lui avait été présenté alors qu’il était encore en poste. Il a toujours nié tout emprunt ; John Lasseter, lui, ne lui a plus adressé la parole pendant longtemps.
L’histoire
Chaque année, la colonie de fourmis d’une île interrompt ses récoltes pour constituer une offrande destinée à une bande de sauterelles qui, en échange, ne détruit pas la fourmilière. Le système fonctionne depuis des générations et personne ne le discute.
Tilt, fourmi inventive et catastrophique, fait tomber l’offrande à l’eau quelques minutes avant l’arrivée des créanciers. Les sauterelles doublent la mise et laissent jusqu’aux dernières feuilles de l’automne.
Envoyé en exil déguisé en mission, Tilt part chercher des guerriers capables de défendre la colonie. Il revient avec une troupe de cirque au chômage, composée d’une coccinelle susceptible, d’une mante religieuse magicienne et d’un phasme dépressif.
Dans les coulisses
Le scénario emprunte ouvertement sa structure aux Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa (un village opprimé, des mercenaires recrutés par erreur, une préparation collective à la bataille) greffée sur la fable de La Fontaine.
Techniquement, le film pose un problème que Toy Story avait soigneusement évité : la végétation. Feuilles translucides, herbes qui ploient, gouttes d’eau, lumière filtrée par un couvert végétal, tout cela était hors de portée trois ans plus tôt. L’équipe a construit des maquettes réelles et filmé au ras du sol avec des caméras miniatures pour comprendre à quoi ressemble le monde vu à cette échelle.
C’est aussi le premier film de Pixar en format large, et le studio a dû recomposer entièrement sa manière de cadrer.
Ce que seuls les fans savent
- Les faux ratés du générique de fin sont nés ici. Personnages qui se trompent de réplique, décors qui s’effondrent, fous rires : l’idée de simuler des bêtisiers dans un film où rien n’est filmé est une invention de Pixar, aussitôt copiée par toute l’industrie.
- Deux versions du générique ont été produites pour que les spectateurs qui revenaient voir le film n’aient pas les mêmes bêtisiers.
- Les fourmis du film n’ont que quatre pattes au lieu de six : l’équipe a jugé que deux bras et deux jambes rendaient les personnages nettement plus lisibles et plus expressifs.
- Le film compte parmi les rares Pixar avec un antagoniste réellement menaçant, Le Borgne, dont la violence a valu au film quelques remarques de parents lors de sa sortie.
- Randy Newman signe la partition, dans un registre de fanfare et de cirque très éloigné de son travail sur Toy Story.
- Le film a nettement mieux marché que Fourmiz au box-office mondial, ce qui a clos le débat commercial sans apaiser les rancunes.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il est souvent classé parmi les Pixar mineurs, et c’est un peu injuste : c’est un film de bande extrêmement bien construit, avec une galerie de seconds rôles que le studio n’a jamais vraiment égalée depuis.