Grand Classique n° 126

Raya et le dernier dragon

2021 · 1 h 47

Réalisation
Don Hall, Carlos López Estrada

Sorti en mars 2021, ce film a subi de plein fouet la fermeture des salles : Disney l’a proposé simultanément en exploitation et sur Disney+ moyennant un supplément, formule expérimentale de l’époque, qui a brouillé sa réception.

C’est dommage, parce que c’est le film Disney le plus ouvertement politique de sa décennie — et l’un des rares à poser une question adulte sans détour : comment refait-on confiance à quelqu’un qui vous a trahi ?

L’histoire

Kumandra était un pays uni, où humains et dragons vivaient ensemble. Une force maléfique, le Druun, a pétrifié tout ce qu’elle touchait ; les dragons se sont sacrifiés pour la repousser, concentrant leur magie dans une gemme.

Cinq cents ans plus tard, le pays est divisé en cinq territoires qui se détestent, chacun persuadé que les autres veulent la gemme.

Raya, fille du chef gardien de la pierre, avait douze ans le jour où son père a tenté un geste de réconciliation. Elle a fait confiance à une fille de son âge venue d’un autre territoire. Ça s’est très mal terminé.

Six ans plus tard, elle parcourt un pays dévasté à la recherche du dernier dragon.

Dans les coulisses

Kumandra n’est pas un pays réel mais un composite documenté de l’Asie du Sud-Est — Laos, Cambodge, Thaïlande, Vietnam, Indonésie, Malaisie, Philippines. Le studio a constitué un comité de consultants issus de ces pays, sur le modèle de ce qui avait été fait pour Vaiana.

Les cinq territoires reprennent chacun une esthétique et une organisation sociale distinctes, et les arts martiaux pratiqués à l’écran sont réels : le film mobilise le muay-thaï, le pencak silat indonésien et l’arnis philippin, chorégraphiés avec des spécialistes.

Le dragon Sisu, lui, ne ressemble pas aux dragons occidentaux : il emprunte au naga, serpent-divinité des eaux présent dans toute la région, et il est associé à la pluie et aux rivières plutôt qu’au feu.

La production a été achevée à distance, les équipes travaillant depuis leur domicile pendant les confinements — une première pour un long métrage de cette ampleur chez Disney.

Ce que seuls les fans savent

  • Le film n’a pas de méchant. Le Druun est une force sans intention, et l’antagoniste humaine, Namaari, agit par loyauté envers son propre peuple. Le film refuse de désigner un coupable, ce qui est cohérent avec son propos.
  • La résolution finale exige un geste que les héros de cinéma ne font jamais — et le film le fait reposer sur le personnage principal, pas sur ses adversaires.
  • Tuk Tuk, la monture de Raya, est un croisement entre un cloporte, un tatou et un chien. Il ne parle pas, ce qui est rare pour un compagnon animal Disney.
  • Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation, battu par Encanto.
  • La bande originale de James Newton Howard mobilise des instruments traditionnels de la région, dont le khene laotien et plusieurs percussions en bronze.
  • Raya est la première princesse Disney d’Asie du Sud-Est, et le film évite soigneusement de la présenter comme une princesse.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Un film sous-estimé, plus dur et plus adulte que sa présentation ne le laissait croire — et dont le propos sur la défiance généralisée a plutôt bien vieilli.