Grand Classique n° 26
Les aventures de Bernard et Bianca
1977 · 1 h 18
- Réalisation
- Wolfgang Reitherman, John Lounsbery, Art Stevens
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Voici un film Disney dont l’intrigue tient en ceci : une petite fille orpheline est retenue prisonnière dans un bayou de Louisiane par une femme qui l’oblige à descendre chaque jour dans un puits inondé pour y chercher un diamant, en la menaçant de son alligator si elle refuse.
C’est sorti en 1977, entre deux comédies musicales, et c’est le meilleur film du studio de toute la décennie.
L’histoire
Une bouteille jetée à la mer contient un appel au secours. Elle est récupérée par la Société de Sauvetage, organisation internationale de souris installée dans les sous-sols des Nations unies, qui confie l’affaire à deux agents que tout oppose : Bianca, déléguée hongroise élégante et intrépide, et Bernard, concierge timide et superstitieux qu’elle choisit comme équipier au grand dam de ses collègues.
L’enquête les mène au Bayou Dévastation, chez Madame Médusa, prêteuse sur gages obsédée par une pierre précieuse dont l’entrée de la grotte est trop étroite pour un adulte.
Dans les coulisses : l’adieu de Milt Kahl
Madame Médusa est le dernier personnage animé par Milt Kahl, l’un des Neuf Sages, tenu par ses pairs pour le dessinateur le plus doué que le studio ait jamais employé. Il a pris sa retraite juste après.
Il s’est offert une sortie en fanfare : la scène où Médusa retire ses faux cils, ses bas et son maquillage devant un miroir est un morceau d’animation de personnage d’une virtuosité que peu de films atteignent. Chaque geste est juste, chaque déséquilibre est calculé, et le personnage existe entièrement avant d’avoir dit trois phrases.
Le film lui-même marque le retour du studio à un vrai succès public après des années difficiles. Il a d’ailleurs été, pendant longtemps, le film Disney le plus rentable depuis Le Livre de la jungle.
Ce que seuls les fans savent
- Les chansons ne sont chantées par aucun personnage. Interprétées en voix off par Shelby Flint, elles commentent l’action de l’extérieur, dans un registre folk mélancolique très éloigné des numéros habituels du studio. C’est un choix rare et il donne au film son atmosphère si particulière.
- Le scandale de 1999. Lors du rappel de l’édition vidéo américaine, il est apparu que deux images d’une photographie de femme nue avaient été insérées dans un décor d’arrière-plan, une fenêtre d’immeuble, visible deux vingt-cinquièmes de seconde. Disney a rappelé environ 3,4 millions de cassettes. L’origine du sabotage n’a jamais été rendue publique.
- Penny, l’orpheline, est l’un des rares enfants humains en danger réel dans un long métrage animé Disney. Le film ne cherche jamais à adoucir sa situation.
- Le personnage d’Orville l’albatros, compagnie aérienne à lui tout seul, offre au film ses deux séquences comiques les plus efficaces, décollage et atterrissage compris.
- Le film adapte deux romans de Margery Sharp, autrice britannique dont la série mettait en scène une société secrète de souris secourables.
- Une suite est sortie treize ans plus tard, Bernard et Bianca au pays des kangourous : c’est la première suite d’un long métrage d’animation jamais produite par le studio pour le cinéma.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. C’est un film régulièrement oublié dans les classements, et il n’a rien à y faire : son ambiance de polar mélancolique, ses décors de bayou et son animation de personnages le placent nettement au-dessus de la production de son époque.