Grand Classique n° 128

Encanto : la fantastique famille Madrigal

2021 · 1 h 42

Réalisation
Byron Howard, Jared Bush, Charise Castro Smith

Voici un film Disney sans méchant, sans combat, sans quête, et dont le climax consiste en une conversation entre une adolescente et sa grand-mère au bord d’une rivière.

Il a remporté l’Oscar, et l’une de ses chansons est devenue numéro un mondial — la première chanson Disney à atteindre la première place du classement américain depuis « Ce rêve bleu » en 1993.

L’histoire

Il y a cinquante ans, Alma Madrigal a fui son village avec ses trois nourrissons, sous la violence. Son mari est mort sur le chemin. À l’instant de sa perte, une bougie s’est allumée, a créé une vallée protégée et une maison vivante — la Casita.

Depuis, chaque enfant de la famille reçoit à cinq ans un don magique : la force, la guérison, la maîtrise du temps qu’il fait, l’ouïe absolue.

Tous, sauf Mirabel. La porte ne s’est pas allumée pour elle, et personne dans la famille n’en parle jamais.

Quand la maison se fissure et que la magie commence à faiblir, c’est elle qui décide de comprendre pourquoi.

Dans les coulisses

Le film est situé en Colombie, dans une vallée inspirée de la région du Cocora et de ses palmiers de cire. Le studio a envoyé une équipe sur place et travaillé avec un comité de consultants colombiens — anthropologues, botanistes, musiciens, architectes.

Cela se voit dans les détails : les motifs des vêtements viennent de régions identifiables, les plats préparés sont documentés, et la famille Madrigal est composée de personnages aux couleurs de peau et aux textures de cheveux variées, ce qui correspond à la réalité colombienne et n’allait pas de soi dans un film d’animation américain.

Lin-Manuel Miranda signe huit chansons, mêlant vallenato, cumbia, salsa, reggaeton et hip-hop, chacune calée sur un personnage. La partition orchestrale est de Germaine Franco, première femme à composer seule la musique d’un long métrage Disney Animation.

Ce que seuls les fans savent

  • « On ne parle pas de Bruno » n’était pas prévue comme un single. Le studio misait sur une autre chanson pour la promotion. C’est le public — via les réseaux sociaux, après l’arrivée du film sur Disney+ — qui en a fait un phénomène mondial et l’a propulsée en tête des classements.
  • Le film a explosé après sa sortie en salles, pas pendant. Son exploitation cinéma a été modeste ; c’est la diffusion sur la plateforme, un mois plus tard, qui l’a transformé en succès planétaire.
  • Le vrai sujet est le trauma générationnel : ce qu’une survivante transmet sans le vouloir à ses enfants et petits-enfants, en exigeant d’eux une perfection qui est en réalité sa propre peur de tout reperdre. Le film le formule explicitement.
  • Luisa, la sœur forte, chante une chanson entière sur l’anxiété de performance — sujet rarement abordé dans un film familial, et qui a beaucoup circulé auprès d’un public adulte.
  • La Casita est un personnage à part entière, qui s’exprime uniquement par ses volets, ses carrelages et ses portes. Aucune réplique, et pourtant un vrai rôle.
  • Le film a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation face à Luca et Raya.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. C’est probablement le Disney le plus utile à montrer à un adolescent qui étouffe sous les attentes de sa famille — et l’un des rares où le problème se règle par une discussion plutôt que par un affrontement.