Monstres & cie

Grand Classique n° 64

Monstres & cie

2001 · 1 h 32

Réalisation
Pete Docter
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L’idée tient en une phrase, et c’est la marque des meilleures : les monstres sous le lit existent, et c’est leur métier. Ils ne sont pas méchants, ils sont salariés. Ils ont des quotas, des vestiaires, un syndicat, un employé du mois affiché dans le hall. Et ils ont aussi peur de vous que vous d’eux.

L’histoire

La ville de Monstropolis fonctionne à l’énergie des cris d’enfants. Chaque nuit, des équipes franchissent des portes de placard aux quatre coins du monde humain pour récolter la matière première, stockée dans des bonbonnes.

Le problème, c’est que les enfants font de moins en moins peur à effrayer — ils ont vu pire à la télévision — et que la compagnie est au bord de la crise énergétique.

Sulli est le meilleur ramasseur de cris de sa génération. Bob Razowski, son collègue et colocataire, gère sa paperasse et sa vie sentimentale. Une nuit, une porte reste ouverte, et une petite fille traverse — ce qui, dans un univers où l’on est convaincu que le contact avec un enfant est mortellement toxique, déclenche à peu près le pire scénario imaginable.

Dans les coulisses : la fourrure

Sulli est couvert de 2,3 millions de poils, chacun simulé individuellement, chacun devant réagir au mouvement, au vent et à la lumière. C’était, en 2001, un problème que personne n’avait résolu à cette échelle. Le studio a dû écrire un simulateur dédié, et certains plans où le personnage marche dans la neige ont demandé un temps de calcul par image qui se compte en dizaines d’heures.

Le studio en a d’ailleurs fait une plaisanterie interne : après Toy Story et son plastique, 1001 pattes et ses carapaces, chaque film Pixar devait résoudre un matériau impossible. Ce serait la fourrure ici, l’eau pour Némo, les humains pour Les Indestructibles.

Pour Bouh, la petite fille, l’équipe a fait un choix radical : au lieu de diriger une comédienne, elle a installé un micro et laissé jouer Mary Gibbs, deux ans et demi, fille d’un employé du studio. Ses répliques ont été prélevées dans des heures de jeu libre — d’où ce naturel absolu qu’aucune direction d’acteur n’aurait obtenu.

Ce que seuls les fans savent

  • Le restaurant sushi s’appelle Harryhausen’s, en hommage à Ray Harryhausen, maître de l’animation en volume et modèle avoué de toute une génération de réalisateurs.
  • Bouh appelle Sulli « Kitty » — et c’est la seule chose qu’elle sait dire de lui. Le détail devient bouleversant au dernier plan.
  • La chanson « Si tu n’étais pas là », écrite par Randy Newman, a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale. C’était sa seizième nomination et sa première victoire.
  • La porte de Bouh apparaît dans plusieurs autres films du studio, en morceaux ou reconstituée, dans le grand jeu de références internes que Pixar entretient de film en film.
  • Le film contient déjà Némo. Une peluche du poisson-clown apparaît dans une scène, deux ans avant la sortie de son propre film — la tradition Pixar d’annoncer le long métrage suivant dans le précédent commence ici.
  • La dernière réplique du film n’est pas montrée à l’image. Le montage coupe sur le visage de Sulli. Pete Docter a expliqué avoir voulu laisser le spectateur imaginer la suite plutôt que de la lui servir.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une préquelle, Monstres Academy, est sortie en 2013 et raconte la rencontre de Sulli et Bob à l’université.

Petit défi pour les amateurs : le court métrage Mike’s New Car, présent sur les éditions physiques, est une pure mécanique de gag burlesque qui vaut à lui seul le prix du disque.