Les indestructibles

Grand Classique n° 78

Les indestructibles

2004 · 1 h 55

Réalisation
Brad Bird
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Quand Brad Bird arrive chez Pixar en 2000, il traîne derrière lui l’un des plus beaux ratages commerciaux de la décennie : Le Géant de fer, film magnifique que Warner avait sorti sans le soutenir, et que personne n’était allé voir. Il propose un projet développé depuis des années, refusé partout, et qui viole à peu près toutes les règles de prudence du studio : un film d’animation avec des humains comme personnages principaux, une durée de près de deux heures, et un premier acte entier consacré à un homme d’âge mûr en pleine crise professionnelle.

Pixar a dit oui. Le résultat a rapporté plus de 630 millions de dollars et remporté deux Oscars.

L’histoire

Il fut un temps où les super-héros travaillaient au grand jour. Puis les procès se sont accumulés — un homme sauvé contre son gré poursuit son sauveteur, les dégâts collatéraux coûtent des fortunes — et le gouvernement a fini par tous les mettre à la retraite forcée, avec identité civile et interdiction d’exercer.

Quinze ans plus tard, Bob Parr, ex-Monsieur Indestructible, remplit des dossiers dans un bureau d’assurances trop petit pour lui, pour une compagnie dont le métier consiste à ne pas indemniser ses clients. Sa femme, ex-Élastigirl, tient la maison et trois enfants. Le soir, Bob écoute la radio de la police en cachette.

Le jour où une mystérieuse proposition de mission arrive sur un canal sécurisé, il ne dit rien à personne et reprend du service.

Dans les coulisses : tout ce que Pixar ne savait pas faire

En 2004, le studio maîtrisait le plastique, le métal, la fourrure et l’eau. Il ne savait faire ni peau humaine crédible, ni cheveux, ni vêtements qui se plissent correctement — trois problèmes que le film pose simultanément dès la première scène.

Chacun a demandé le développement d’outils spécifiques : un système de rendu sous-cutané pour que la peau laisse passer un peu de lumière, un simulateur capable de gérer les cheveux de Violette qui lui tombent sur le visage, et une physique de tissu pour les costumes moulants. Le film reste le plus techniquement risqué de la première décennie de Pixar.

Brad Bird avait aussi une exigence de mise en scène : que le film ressemble à un film d’espionnage des années 1960, avec ses maisons modernistes, ses repaires volcaniques et ses gadgets. La direction artistique emprunte au design de l’époque plus qu’aux comics.

Ce que seuls les fans savent

  • Edna Mode est doublée par Brad Bird en personne. Il avait enregistré une voix témoin en attendant de trouver une comédienne ; personne n’a fait mieux, et la voix témoin est restée dans le film.
  • La règle des capes — la tirade où Edna énumère les héros morts à cause de leur cape — est un morceau d’écriture devenu culte, et une blague d’initié sur les conventions du genre.
  • Michael Giacchino signe ici sa première grande partition pour un long métrage. Brad Bird voulait du John Barry, l’orchestrateur des James Bond ; faute de pouvoir l’engager, il a trouvé un compositeur de jeux vidéo capable d’en écrire l’équivalent. Giacchino est depuis l’un des compositeurs les plus demandés d’Hollywood.
  • Le thème du film a fait débat. L’idée que certains soient exceptionnels et qu’on les empêche de l’être a valu à Brad Bird des accusations d’élitisme, qu’il a toujours réfutées en expliquant que le film parle d’abord de familles qui s’empêchent d’exister.
  • Syndrome est l’un des rares méchants Disney à réussir son plan pendant une bonne partie du film — et le seul dont le mobile soit une blessure d’enfance infligée par le héros lui-même.
  • Le film a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation et celui du meilleur montage sonore, catégorie où il concourait face à des films en prises de vues réelles.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La suite, Les Indestructibles 2, est sortie quatorze ans plus tard, en 2018, et reprend l’action à la seconde exacte où le premier film s’arrête — une continuité rare pour un tel écart.

À noter pour les amateurs : le court métrage Jack-Jack Attack, présent en bonus des éditions physiques, raconte la soirée de baby-sitting du point de vue de la nounou. Il est indispensable.