Grand Classique n° 22
Le livre de la jungle
1967 · 1 h 18
- Réalisation
- Wolfgang Reitherman
- Avec
- Claude Bertrand (Baloo), Roger Carel (Kaa)
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Walt Disney est mort le 15 décembre 1966. Le Livre de la jungle est sorti dix mois plus tard. C’est le dernier film dont il a suivi la fabrication scène par scène, réunion après réunion, et cela s’entend dans chaque choix : c’est un film qui privilégie le plaisir immédiat et le rythme, et qui se moque de la fidélité à l’œuvre d’origine.
Il avait d’ailleurs donné à ses scénaristes une consigne restée célèbre : ne pas lire le livre de Kipling.
L’histoire
Un bébé abandonné dans la jungle est recueilli par une meute de loups et élevé comme l’un des leurs. Dix ans plus tard, la nouvelle se répand : le tigre Shere Khan est revenu dans la région, et un tigre qui a connu le fusil de l’homme ne laissera pas grandir un petit d’homme.
La panthère Bagheera est chargée de ramener Mowgli au village des hommes. Le garçon n’a aucune intention de s’y rendre, et le voyage tourne rapidement à la série de rencontres : un python hypnotiseur, une patrouille d’éléphants militaires, un orang-outan qui veut apprendre à faire du feu, et un ours qui ne travaille jamais.
Dans les coulisses : le film qui a coûté un scénariste
La première version du film, écrite par Bill Peet, était fidèle à Kipling : sombre, dramatique, avec un Mowgli tourmenté et une jungle hostile. Walt Disney l’a rejetée en bloc, estimant qu’aucun spectateur n’aurait envie de passer une heure et demie dans cet univers.
L’affrontement a été frontal. Bill Peet, qui travaillait au studio depuis vingt-sept ans et avait écrit seul plusieurs des grands succès de la maison, a démissionné. Il n’est jamais revenu.
La même logique s’est appliquée à la musique. Terry Gilkyson avait livré une série de chansons dans le ton du livre ; toutes ont été écartées sauf une, jugée irrésistible. C’était « Il en faut peu pour être heureux », seule chanson du film nommée à l’Oscar. Les frères Sherman ont écrit tout le reste.
Ce que seuls les fans savent
- Les quatre vautours devaient être doublés par les Beatles. Le projet était sérieux, les coupes de cheveux et l’accent de Liverpool sont restés dans le film final, mais le groupe n’a pas donné suite. Le morceau prévu, écrit dans un style pop, a été retransformé en quatuor vocal à l’ancienne.
- Le Roi Louie n’existe pas chez Kipling. Le personnage a été inventé pour Louis Prima, roi du jazz de La Nouvelle-Orléans, dont la voix et le phrasé ont dicté toute la séquence, l’une des meilleures scènes musicales du studio.
- Le casting a précédé les personnages. Baloo a été construit autour de la voix de Phil Harris, Shere Khan autour de celle de George Sanders. C’est un renversement complet de la méthode habituelle, et il a fait école.
- Certains plans sont recyclés. Des mouvements d’animaux repris de films précédents, retouchés et re-timés, apparaissent dans les scènes de foule, une pratique d’économie courante au studio à cette période.
- C’est le film le plus vu de l’histoire du cinéma en Allemagne en nombre d’entrées, devant tous les blockbusters américains. Le succès européen du film a durablement financé le studio.
- Le vautour à lunettes s’appelle Flaps, et le film ne le nomme jamais à l’écran, un détail qui alimente régulièrement les quiz entre fans.
La musique
« Il en faut peu pour être heureux » et « Être un homme comme vous » sont deux des morceaux les plus repris du répertoire Disney. Le film assume complètement le jazz Nouvelle-Orléans et le scat, dans une veine que le studio ne retrouvera qu’avec Les Aristochats trois ans plus tard.
Le doublage français
Claude Bertrand donne à Baloo une bonhomie et un débit traînant qui font oublier Phil Harris, et Roger Carel signe en Kaa l’une de ses grandes compositions : cette diction sifflante et cette fausse douceur que des générations d’enfants français ont imitées dans les cours de récréation.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite, Le livre de la jungle 2, est sortie en 2003, et un remake en images de synthèse photoréalistes signé Jon Favreau en 2016. Ce remake est l’un des rares de sa catégorie à proposer une vraie relecture plutôt qu’un décalque.
Regardez la scène de la marche des éléphants en prêtant attention au dessin : c’est du Wolfgang Reitherman pur, cadences militaires et gags de mécanique, l’héritage direct des courts métrages des années 1940.