Mary Poppins

Grand Classique n° 21

Mary Poppins

1964 · 2 h 19

Réalisation
Robert Stevenson
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P.L. Travers, l’autrice de Mary Poppins, a résisté vingt ans. Walt Disney lui a écrit, lui a téléphoné, lui a rendu visite à Londres, a envoyé des émissaires. Elle refusait tout : pas d’animation, pas de chansons, pas d’Américains touchant à son personnage.

Elle a fini par céder en 1961, en obtenant un droit de regard sur le scénario. Elle a passé des semaines à Burbank à contester chaque ligne, et le studio a passé outre sur l’essentiel. À la première, en 1964, elle a pleuré, de rage. Devant Walt Disney, elle a exigé que la séquence animée soit retirée du film. Il lui a répondu que le train était parti.

Elle n’a plus jamais autorisé Disney à adapter ses livres.

L’histoire

Au 17, allée des Cerisiers, à Londres, en 1910, la famille Banks perd ses nourrices à un rythme préoccupant. Le père travaille à la banque et gère son foyer comme un service ; la mère milite pour le droit de vote des femmes ; les deux enfants font ce qu’ils peuvent pour être remarqués.

Quand M. Banks rédige une annonce exigeant une gouvernante ferme et sans sentiment, ses enfants en écrivent une autre, réclamant quelqu’un de gentil qui aurait le sens du jeu. Il déchire leur papier et le jette dans la cheminée.

Le lendemain, une femme descend du ciel accrochée à un parapluie, présente les fragments recollés de l’annonce des enfants, et s’engage pour une durée qu’elle fixe elle-même.

Dans les coulisses

Le film est le plus gros investissement du studio depuis Blanche-Neige, et le sommet commercial de la carrière de Walt Disney, qui mourra deux ans plus tard. Il mélange prises de vues réelles et animation dans des séquences qui ont demandé la mise au point d’un procédé de cache mobile perfectionné, permettant d’incruster des comédiens dans des décors dessinés sans le liseré disgracieux habituel. Le procédé a valu au film l’Oscar des meilleurs effets visuels.

Julie Andrews n’avait jamais tourné au cinéma. Elle venait d’être écartée de l’adaptation de My Fair Lady, dont elle tenait pourtant le rôle à Broadway, au motif qu’elle n’était pas assez connue. Elle a remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour Mary Poppins. My Fair Lady concourait la même année.

Les chansons sont signées Richard et Robert Sherman, qui livrent ici leur travail le plus complet : quinze morceaux, dont plusieurs sont devenus des standards, et un mot inventé de trente-quatre lettres que des générations d’enfants se sont appliquées à mémoriser.

Ce que seuls les fans savent

  • L’accent de Dick Van Dyke est régulièrement classé parmi les pires de l’histoire du cinéma. L’acteur en a plaisanté toute sa vie et a fini par présenter des excuses publiques au peuple britannique.
  • Il joue deux rôles. Outre Bert le ramoneur, il incarne sous un maquillage épais le vieux banquier M. Dawes senior, au générique sous un pseudonyme.
  • Le film a reçu treize nominations aux Oscars et en a remporté cinq : actrice, montage, effets visuels, musique et chanson pour « Chem Cheminée ». C’est le record pour un film Disney.
  • « Nourrir les p’tits oiseaux » était la chanson préférée de Walt Disney, tous films confondus. Il demandait aux frères Sherman de la lui jouer le vendredi soir dans son bureau.
  • La genèse du film a elle-même été portée à l’écran dans Dans l’ombre de Mary (2013), avec Tom Hanks en Walt Disney et Emma Thompson en P.L. Travers, un film produit par Disney sur la façon dont Disney a contrarié une autrice.
  • La séquence des pingouins serveurs est l’un des derniers grands travaux de la génération des Neuf Sages, les animateurs historiques du studio, en collaboration directe avec des comédiens filmés sur fond peint.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite, Le Retour de Mary Poppins, est sortie en 2018 avec Emily Blunt, dans un exercice d’hommage plutôt bien mené.

Un mot sur la version française : elle est excellente, mais la traduction du fameux mot de trente-quatre lettres a fait l’objet de plusieurs versions selon les époques et les supports, un sujet de discussion inépuisable entre collectionneurs.