Grand Classique n° 23
Les aristochats
1970 · 1 h 18
- Réalisation
- Wolfgang Reitherman
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Maurice Chevalier avait quatre-vingt-un ans et avait pris sa retraite. Quand le studio lui a demandé d’enregistrer la chanson-titre des Aristochats, il a accepté pour une seule raison : c’était le dernier projet approuvé par Walt Disney avant sa mort, et il tenait à lui rendre hommage.
C’est le dernier enregistrement de sa carrière. Il est mort deux ans plus tard.
L’histoire
Paris, 1910. Madame Adélaïde Bonnefamille, ancienne cantatrice fortunée et sans héritier, fait venir son notaire pour rédiger son testament. Sa décision est claire : sa fortune ira d’abord à ses chats, Duchesse et ses trois chatons, et ne reviendra à son majordome Edgar qu’après la mort du dernier d’entre eux.
Edgar, qui écoutait derrière la porte, fait un rapide calcul d’espérance de vie féline et n’aime pas le résultat. La nuit même, il endort les chats et va les abandonner à la campagne.
Reste à rentrer à Paris. Ce qui, pour une chatte de salon et trois chatons élevés au piano et à l’aquarelle, suppose de faire connaissance avec un chat de gouttière nommé Thomas O’Malley.
Dans les coulisses : l’après-Walt
Les Aristochats est le premier long métrage d’animation sorti après la disparition de Walt Disney, en décembre 1966. Il avait validé le projet ; il n’en a pas vu une image finie.
Le film porte les traces de cette période de transition. Le studio, dirigé par Wolfgang Reitherman, applique une recette éprouvée (celle du Livre de la jungle) avec le même dessin xérographié au trait apparent, la même construction par numéros musicaux, et une distribution vocale reprise presque à l’identique : Phil Harris, qui doublait Baloo, devient O’Malley, avec exactement le même phrasé nonchalant.
C’est aussi la marque d’un studio qui n’a plus les moyens de prendre des risques : les budgets sont serrés, les effectifs réduits, et l’idée directrice est de ne surtout pas se tromper.
Ce que seuls les fans savent
- Le film se déroule en France et le revendique. Paris, la tour Eiffel, les toits en zinc, les gendarmes, le vin, le jazz de Saint-Germain : c’est l’un des rares Disney entièrement situés dans l’Hexagone, et il a toujours été particulièrement populaire en France.
- Scat Cat devait être doublé par Louis Armstrong. L’accord était quasiment conclu quand la santé du musicien s’est dégradée. Le personnage garde sa trompette, son timbre et sa gestuelle : c’est un portrait à peine déguisé.
- Le chat siamois de l’orchestre relève des mêmes stéréotypes que ceux de La Belle et le Clochard, et fait aujourd’hui l’objet des mêmes réserves.
- Le générique de début est signé du même studio graphique que celui de La Panthère rose, et cela s’entend : silhouettes découpées, aplats de couleur, jazz syncopé.
- Deux oies anglaises et un oncle alcoolique (Amélia, Amélie et l’oncle Waldo) offrent au film sa séquence la plus étrange, où un oiseau ivre au sherry titube pendant deux minutes dans un long métrage pour enfants.
- Une suite a été développée puis abandonnée au milieu des années 2000, lorsque la direction du studio a mis fin au programme de suites vidéo. Les storyboards existent.
La musique
Les frères Sherman signent la chanson-titre, et « Tout le monde veut devenir un cat » offre au film son grand numéro : une jam session dans un grenier, où l’animation se libère complètement des contraintes réalistes. C’est le morceau qui a fait entrer ce film au panthéon des amateurs de jazz, même approximatif.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film n’a jamais reçu le respect critique des grands classiques de l’âge d’or, et c’est un peu injuste : il n’a aucune ambition, mais il est d’une bonne humeur imperturbable et sa bande-son n’a pas vieilli d’un jour.
Pour les curieux : écoutez la version française de la chanson-titre par Maurice Chevalier, puis sa version anglaise. Il chante les deux, et son accent français dans la seconde n’est pas un accident : c’est exactement ce que le studio était venu chercher.