Grand Classique n° 45
Hercule
1997 · 1 h 33
- Réalisation
- Ron Clements, John Musker
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Confier le design d’un film Disney à Gerald Scarfe était un pari. Ce caricaturiste britannique est surtout connu pour ses dessins politiques féroces et pour les animations cauchemardesques de The Wall de Pink Floyd — des marteaux qui marchent au pas, des visages qui se dévorent. C’est à peu près l’opposé de l’esthétique maison.
Le résultat donne au film sa personnalité : ces silhouettes étirées, ces nez pointus, ces courbes nerveuses qui ne ressemblent à aucun autre Disney.
L’histoire
Hercule est le fils de Zeus, né sur l’Olympe, promis à l’immortalité. Hadès, seigneur des Enfers, a d’autres projets : une prophétie lui annonce qu’il pourra renverser son frère à condition que le nouveau-né ne soit pas là pour l’en empêcher.
L’enlèvement fonctionne à moitié. Hercule perd sa divinité mais garde sa force, et grandit chez des paysans en cassant tout ce qu’il touche, incapable de comprendre pourquoi il ne trouve sa place nulle part.
Devenu adulte, il apprend d’où il vient, et la condition de son retour : devenir un héros. Reste à savoir ce que ce mot recouvre exactement — ce que le film met tout son troisième acte à répondre.
Dans les coulisses
L’idée la plus inspirée du film est musicale. Alan Menken et David Zippel remplacent le chœur antique de la tragédie grecque par cinq Muses qui chantent du gospel. Ce sont elles qui racontent, commentent, se moquent et relancent l’action — exactement la fonction du chœur chez Sophocle, transposée dans le registre du rhythm and blues.
Le film est aussi l’un des premiers à intégrer massivement l’image de synthèse au dessin traditionnel : l’Hydre, avec ses têtes qui se multiplient à chaque décapitation, est entièrement modélisée en 3D et intégrée à une animation à la main. La séquence a demandé le développement d’un outil dédié, capable de gérer la prolifération des cous sans que les animateurs aient à tout redessiner.
Commercialement, le film a déçu. Sorti entre Le Bossu de Notre-Dame et Mulan, dans une période où le public commençait à se lasser de la formule, il n’a pas atteint les scores de la première moitié de la décennie.
Ce que seuls les fans savent
- La Grèce n’a pas aimé. Le traitement libre de la mythologie a suscité des réactions officielles agacées, et la première européenne prévue au pied de l’Acropole a été annulée.
- Hadès n’est pas le méchant du mythe. Dans la mythologie grecque, il règne sur les morts sans être maléfique. Sa transformation en antagoniste est une invention hollywoodienne — tout comme le fait qu’Héra soit ici la mère aimante d’Hercule, alors qu’elle est, dans les textes, celle qui le persécute toute sa vie.
- James Woods a improvisé une grande partie de son texte. Le débit de commercial pressé d’Hadès, ses changements de rythme, ses apartés : la plupart ne figuraient pas au scénario. Il a repris le rôle dans toutes les déclinaisons télévisées suivantes.
- Le film contient une blague sur le merchandising Disney : au sommet de sa gloire, Hercule voit son visage vendu sur des amphores, des sandales et des figurines. Le studio se moque ouvertement de son propre modèle économique.
- Philoctète est doublé par Danny DeVito en version originale, et le personnage a été redessiné pour épouser sa gestuelle après les premières séances d’enregistrement.
- « De zéro en héros » est l’une des meilleures séquences de montage du studio : la gloire d’Hercule y est racontée en deux minutes trente, sans un mot de dialogue, uniquement par la chanson et l’image.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film a donné lieu à une série télévisée située avant les événements du long métrage, et un remake en prises de vues réelles est en préparation depuis plusieurs années.
Revu aujourd’hui, Hercule est probablement le Disney le plus sous-estimé des années 1990 : c’est un film drôle, rapide, graphiquement unique, dont le seul tort a été de sortir après une décennie de chefs-d’œuvre.