La petite sirène

Grand Classique n° 33

La petite sirène

1989 · 1 h 23

Réalisation
Ron Clements, John Musker
Avec
Claire Guyot (Ariel), Henri Salvador (Sébastien), Micheline Dax (Ursula)
Voir le DVD (nouvel onglet, lien partenaire)Voir le Blu-ray (nouvel onglet, lien partenaire)

Liens partenaires vers la boutique : le prix reste identique pour vous.

À la fin des années 1980, le studio d’animation Disney allait mal. Très mal. La direction envisageait sérieusement de fermer la branche, jugée coûteuse et sans avenir, et de laisser le nom Disney aux parcs et à la télévision. Taram et le Chaudron magique avait été un désastre financier. Basil, détective privé et Oliver et Compagnie avaient tout juste sauvé les meubles.

Puis une sirène rousse a chanté qu’elle voulait vivre ailleurs, et dix années de chefs-d’œuvre ont suivi.

L’histoire

Ariel, seizième et dernière fille du roi Triton, souverain des mers, collectionne en cachette les objets que les hommes laissent tomber au fond de l’océan. Elle ne sait pas à quoi ils servent (une fourchette devient un peigne, une pipe un instrument de musique), mais chacun d’eux la rapproche d’un monde qui la fascine et que son père a interdit.

Un naufrage lui donne un visage à mettre sur ce désir : celui du prince Éric, qu’elle sauve des vagues sans qu’il puisse voir qui l’a tiré de l’eau. Ce qu’Ariel décide alors est d’une brutalité que les adaptations édulcorées oublient souvent : elle signe un contrat avec une sorcière des mers, et paye de sa voix le droit d’avoir des jambes pendant trois jours.

Trois jours pour se faire aimer sans dire un mot. Le pari du film est là, et il est tenu.

Dans les coulisses : Broadway au fond de l’eau

Le tournant décisif s’appelle Howard Ashman. Parolier venu du théâtre off-Broadway, où il avait signé La Petite Boutique des horreurs avec le compositeur Alan Menken, il arrive au studio avec une conviction simple : un film d’animation doit se construire comme une comédie musicale de scène. Chaque personnage a droit à sa chanson-manifeste, chaque chanson fait avancer l’action.

C’est cette méthode (le « I want song » du héros en début de film, le numéro du méchant, le grand ensemble) qui structurera tous les succès de la décennie suivante, de La Belle et la Bête à Le Roi Lion.

Techniquement, le film est un point de bascule : c’est le dernier long métrage Disney réalisé pour l’essentiel avec des cellulos peints à la main. Le tout dernier plan du film, l’arc-en-ciel final, a été composité numériquement, la première image du studio à passer par ordinateur.

Le reste relève de l’artisanat pur : plus d’un million de bulles ont dû être animées, une charge si lourde qu’une partie du travail a été sous-traitée à un studio chinois.

Ce que seuls les fans savent

  • « Partir là-bas » a failli être coupée du film. Après une projection test où des enfants s’agitaient pendant la chanson, la direction a demandé sa suppression. Howard Ashman s’y est opposé pied à pied. Elle est restée, et c’est aujourd’hui le morceau le plus identifié du film.
  • Ariel est rousse à cause de Daryl Hannah. Le studio voulait éviter toute comparaison avec la sirène blonde de Splash, sorti cinq ans plus tôt.
  • Ursula doit sa silhouette et son maintien à Divine, l’artiste et actrice fétiche de John Waters. C’est l’une des inspirations les plus assumées du bestiaire Disney.
  • Il y a seize princesses dans la famille de Triton selon le matériel promotionnel, mais le film n’en montre que sept : les six sœurs d’Ariel et Ariel elle-même.
  • Andersen, lui, ne fait pas de cadeau. Dans le conte original de 1837, la petite sirène ne conquiert pas le prince, souffre à chaque pas comme sur des lames, et finit dissoute en écume de mer. Le studio a tranché pour la fin heureuse : un choix encore débattu par les puristes.
  • Le film est dédié à Howard Ashman à partir de La Belle et la Bête : il est mort du sida en mars 1991, à 40 ans, sans voir le triomphe de son deuxième film.

La musique

Deux Oscars, remportés dans les deux catégories musicales : meilleure chanson originale pour « Sous l’océan » et meilleure musique de film pour Alan Menken. Le film impose un ton (calypso pour Sébastien, cabaret grinçant pour Ursula, envolée lyrique pour Ariel) que le studio déclinera pendant dix ans.

Le doublage français

La version française est portée par Claire Guyot, qui donne à Ariel une voix parlée et chantée d’une fraîcheur remarquable, et surtout par Henri Salvador en Sébastien. Le choix était osé (confier un crabe jamaïcain à une légende de la chanson française) et le résultat est l’un des sommets du doublage Disney en France. Sa version de « Sous l’océan » se défend sans complexe face à l’originale.

Micheline Dax complète le tableau en Ursula, avec un abattage de comédienne de théâtre qui rend la sorcière irrésistible.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Le film a également donné lieu à deux suites vidéo, La petite sirène 2 : retour à l’océan et Le secret de la Petite Sirène, ainsi qu’à un remake en prises de vues réelles sorti en 2023.

Pour l’anecdote, la pochette du tout premier tirage vidéo américain est devenue un objet de collection pour une raison qui n’a rien à voir avec le film : une des tours du château, sur l’illustration, a fait couler beaucoup d’encre. Les exemplaires d’origine s’échangent encore entre collectionneurs.