Grand Classique n° 32
Oliver et compagnie
1988 · 1 h 14
- Réalisation
- George Scribner
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Le 18 novembre 1988, deux films d’animation sortent le même jour aux États-Unis. D’un côté Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles, produit par Steven Spielberg et réalisé par Don Bluth, l’homme qui avait claqué la porte de Disney neuf ans plus tôt en emmenant un sixième du département animation. De l’autre, Oliver et Compagnie.
C’était un duel personnel autant que commercial. Disney a gagné, et le studio a compris qu’il était de retour dans la course.
L’histoire
Un carton de chatons à donner, sur un trottoir de Manhattan. À la fin de la journée, il en reste un : un chaton roux que personne n’a voulu, et qui passe sa première nuit seul sous la pluie.
Il croise le lendemain un chien de gouttière nommé Roublard, spécialiste du vol de saucisses, qui l’introduit dans une bande vivant sur une péniche : quatre chiens et un propriétaire humain, Fagin, petit escroc endetté auprès d’un usurier nettement plus dangereux que lui.
Quand le chaton est adopté par une fillette de la Cinquième Avenue, la bande y voit une opportunité. C’est là que le Dickens ressort.
Dans les coulisses
Le film transpose Oliver Twist dans le New York contemporain, avec des animaux à la place des enfants des rues, une idée simple qui permet de conserver la structure du roman en évacuant sa noirceur sociale.
C’est aussi le film le plus ouvertement années 1980 du catalogue : synthétiseurs, saxophone, montages urbains, personnages secondaires qui parlent comme des personnages de sitcom. Le studio, qui cherchait alors désespérément à rajeunir son image, a poussé le curseur au maximum.
Techniquement, le film fait un usage massif d’images de synthèse pour les décors mobiles : voitures, métro, pont de Brooklyn, panneaux publicitaires. Ces éléments sont modélisés en 3D puis intégrés au dessin, et permettent des mouvements de caméra dans la ville que l’animation traditionnelle n’aurait pas pu tenir.
Ce que seuls les fans savent
- Billy Joel double Roublard et interprète « Pourquoi s’en faire », le morceau le plus connu du film. Le chanteur venait d’enchaîner plusieurs albums à succès et n’avait jamais fait de doublage.
- Bette Midler et Cheech Marin complètent la distribution : le studio a assumé pour la première fois un casting de vedettes de la chanson et du stand-up plutôt que de comédiens de doublage.
- Le film cite ouvertement d’autres Disney. Peg de La Belle et le Clochard, Pongo et Perdita des 101 Dalmatiens apparaissent dans un plan de rue.
- C’est le film qui a précédé immédiatement La petite sirène, et son succès a convaincu la direction que le public revenait. Sans lui, la Renaissance aurait peut-être eu lieu plus tard, ou pas du tout.
- Georgette, la caniche de la Cinquième Avenue, est doublée par Bette Midler et offre au film sa meilleure scène : un numéro de diva absolue devant un miroir.
- Le film est resté longtemps difficile à trouver en France, avec des éditions vidéo irrégulières, une situation qui a nourri sa réputation de Disney oublié.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il est daté, il assume de l’être, et c’est précisément ce qui le rend attachant aujourd’hui : c’est une capsule temporelle d’un studio en train de se réveiller.