Grand Classique n° 24
L’apprentie sorcière
1971 · 1 h 57
- Réalisation
- Robert Stevenson
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Quand Walt Disney bataillait pour obtenir les droits de Mary Poppins (vingt ans de négociations avec une autrice qui ne voulait rien entendre), il avait pris ses précautions. Le studio a acquis en parallèle les droits d’un autre roman anglais mettant en scène une femme aux pouvoirs magiques et des enfants confiés à sa garde : Bedknobs and Broomsticks, de Mary Norton.
C’était le plan B. P.L. Travers ayant fini par céder, le plan B est resté au tiroir jusqu’en 1971.
L’histoire
Angleterre, 1940. Trois enfants de Londres sont évacués vers la campagne pour échapper au Blitz et placés chez Eglantine Price, célibataire du village qui n’en voulait pas et le fait savoir.
Les enfants découvrent rapidement pourquoi elle tient tant à sa tranquillité : elle suit un cours de sorcellerie par correspondance, et s’entraîne le soir dans son jardin avec des résultats inégaux.
Le marché est vite conclu (leur silence contre un peu de magie) et le premier sortilège réussi transforme un lit à boules de cuivre en véhicule capable de les emmener n’importe où. Direction Londres, puis une île peuplée d’animaux parlants, à la recherche d’une formule capable de repousser une invasion allemande.
Dans les coulisses
Le film réunit à peu près toute l’équipe de Mary Poppins : le réalisateur Robert Stevenson, les compositeurs Richard et Robert Sherman, l’acteur David Tomlinson qui jouait M. Banks, et les mêmes techniciens des effets spéciaux.
Ces derniers ont d’ailleurs remporté l’Oscar des meilleurs effets visuels, notamment pour la séquence finale, une armure médiévale vide, animée par sortilège, menant une charge de musées entiers contre des soldats allemands sur une plage anglaise. L’image est absurde et parfaitement sérieuse.
La séquence animée du match de football sur l’île de Naboombu est, elle, un pur exercice de cartoon : arbitrage truqué, coups tordus, joueurs à fourrure. C’est l’un des derniers grands mélanges de prises de vues réelles et d’animation produits par le studio.
Ce que seuls les fans savent
- Le film a été amputé juste après sa sortie. Sa version d’exploitation générale a perdu environ vingt-cinq minutes, dont plusieurs chansons entières, pour permettre plus de séances par jour.
- Ces minutes ont été retrouvées et réintégrées en 1996, à partir d’éléments retrouvés dans les archives et de bandes sonores dispersées. Certaines répliques ont dû être redoublées, Angela Lansbury reprenant son rôle vingt-cinq ans plus tard.
- Angela Lansbury reviendra chez Disney vingt ans après pour prêter sa voix à Mme Samovar dans La Belle et la Bête, et y chanter la chanson-titre.
- L’invasion allemande du film a un fondement historique : l’opération Seelöwe, le projet nazi de débarquement en Angleterre, préparé en 1940 puis abandonné. Le film se situe précisément à ce moment.
- « Le beau Portobello » reconstitue le marché aux puces londonien dans un décor gigantesque, avec plusieurs centaines de figurants et un numéro dansé qui dure près de dix minutes.
- C’est l’un des rares Disney à parler frontalement de la Seconde Guerre mondiale dans une production familiale d’après-guerre : des enfants évacués, des cartes de rationnement et une menace d’invasion.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray, de préférence dans la version longue restaurée. Le film souffre d’un rythme inégal et de sa longueur, mais il possède un charme désuet et une inventivité qui le rendent nettement plus intéressant que sa réputation de sous-Mary Poppins.