Frère des Ours

Grand Classique n° 73

Frère des Ours

2003 · 1 h 25

Réalisation
Aaron Blaise, Robert Walker
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Il y a un moment, au bout d’une demi-heure, où Frère des Ours fait quelque chose que presque aucun film n’ose : le format de l’image change. Le cadre s’élargit, les couleurs se saturent, la lumière devient chaude.

Ce basculement correspond exactement à l’instant où le personnage principal cesse de voir le monde avec des yeux d’homme. C’est une idée de mise en scène magnifique, et elle passe complètement inaperçue à la télévision, ce qui a beaucoup nui à la réputation du film.

L’histoire

Quelque part dans le Grand Nord, il y a très longtemps, trois frères vivent au sein d’une communauté qui attribue à chacun un totem à l’âge adulte. Kenai, le plus jeune, reçoit celui de l’ours, symbole d’amour, ce qu’il prend comme une humiliation, ayant espéré quelque chose de plus viril.

Une série d’événements le conduit à tuer un ours par vengeance. Les esprits, qui n’apprécient pas, lui infligent la seule punition qui puisse lui apprendre quelque chose : ils le transforment en ce qu’il vient d’abattre.

Il devra traverser le pays jusqu’à la montagne où les lumières touchent la terre pour espérer redevenir lui-même, accompagné d’un ourson bavard qui cherche sa mère.

Dans les coulisses : l’adieu de la Floride

Le film est le dernier long métrage produit par le studio Disney de Floride, installé dans le parc d’Orlando et longtemps considéré comme la petite antenne face à Burbank. C’est pourtant de là qu’étaient sortis Mulan et Lilo & Stitch, deux des plus grandes réussites de la décennie précédente.

Le studio a fermé en 2004, ses équipes ont été dispersées, et les visiteurs du parc ont cessé de pouvoir observer des animateurs au travail derrière une baie vitrée.

Pour la musique, le studio a rappelé Phil Collins, quatre ans après Tarzan, avec le même principe : des chansons interprétées en voix off plutôt que par les personnages. La partition mobilise également le Bulgarian Women’s Choir, dont les harmonies donnent au film sa couleur sonore la plus singulière.

Ce que seuls les fans savent

  • Le changement de format est le vrai geste du film. Le premier acte est en 1.75:1, le reste en 2.35:1. Aucun autre Disney n’a jamais fait ça.
  • Les deux élans, Tuke et Rutt, sont doublés en version originale par Rick Moranis et Dave Thomas, qui reprennent un duo de personnages canadiens qu’ils avaient créé pour la télévision dans les années 1980. Leurs dialogues sont largement improvisés.
  • Le langage des animaux change avec le point de vue. Tant que Kenai est humain, les ours grognent ; dès qu’il est ours, ils parlent, et ce sont les humains qui deviennent incompréhensibles. La logique est tenue jusqu’au bout.
  • Le film a été nommé à l’Oscar du meilleur film d’animation, battu par Le Monde de Némo, année impossible.
  • L’équipe est partie en Alaska et a travaillé avec des consultants issus des peuples autochtones du Nord-Ouest pour les motifs, les vêtements et les récits totémiques.
  • Le mammouth du premier acte situe l’action à la fin de la dernière période glaciaire, ce que le film n’explicite jamais autrement que par ce détail.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Une suite vidéo, Frère des Ours 2, est sortie en 2006.

Regardez-le sur le plus grand écran dont vous disposez, et laissez le format faire son travail. C’est un film qui a été conçu pour la salle et que la télévision a mal traité pendant vingt ans.