Grand Classique n° 30
Taram et le chaudron magique
1985 · 1 h 20
- Réalisation
- Ted Berman, Richard Rich
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Aucun film n’a fait autant de mal au studio. Taram et le Chaudron magique a coûté environ 44 millions de dollars — le budget d’animation le plus élevé jamais engagé à l’époque — et en a rapporté à peine la moitié. La direction a sérieusement envisagé de fermer définitivement le département animation.
Le film a ensuite été enterré : aucune sortie vidéo aux États-Unis avant 1998, treize ans de purgatoire, et une réputation de maudit qu’il traîne encore.
L’histoire
Taram est aide-porcher dans une ferme du royaume de Prydain. Il rêve de devenir un grand guerrier et s’entraîne à l’épée sur des bottes de foin.
La truie dont il a la charge, Tirelire, a la particularité de pouvoir montrer l’avenir dans une bassine d’eau. C’est un don qui intéresse beaucoup le Seigneur des Ténèbres, reclus dans son château, et qui cherche depuis des siècles l’emplacement du Chaudron Noir — un objet capable de lever une armée de morts.
Quand la ferme est attaquée et la truie enlevée, le garçon part la récupérer, avec une épée, aucune expérience et beaucoup trop de confiance.
Dans les coulisses : le film que Katzenberg a coupé
La production s’étale sur plus de dix ans, traverse trois directions successives, et sort au pire moment : au milieu de la reprise en main du studio par Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg, tout juste arrivés de Paramount.
Après une projection test catastrophique, où des enfants ont quitté la salle en pleurant, Katzenberg est entré lui-même dans la salle de montage et a commencé à retirer des plans — geste inouï dans un studio où le montage relevait des réalisateurs. Roy E. Disney a dû intervenir pour arrêter le massacre. Environ douze minutes ont malgré tout disparu du film, dont la séquence la plus violente du Chaudron.
Le film reste néanmoins le premier Disney classé PG aux États-Unis — c’est-à-dire déconseillé sans accompagnement parental. Pour un studio dont toute l’identité reposait sur le tout public, c’était un séisme.
Ce que seuls les fans savent
- C’est le premier long métrage Disney à contenir des images de synthèse. La bulle magique, le bateau, quelques éléments du chaudron ont été modélisés par ordinateur, deux ans avant que la technique ne devienne visible ailleurs.
- Le film adapte deux romans de Lloyd Alexander, tirés des Chroniques de Prydain, cycle de cinq livres inspiré de la mythologie galloise. L’auteur, poliment, a déclaré que le film était un bon film et que ses livres étaient de bons livres, et qu’il n’y avait pas grand-chose de commun entre les deux.
- Le Seigneur des Ténèbres reste l’un des méchants les plus effrayants du catalogue : squelette animé, voix caverneuse, aucun trait d’humour, aucune chanson. Il ne cherche pas le pouvoir par ambition, il veut simplement lever une armée de cadavres.
- Le film a été fait par la génération intermédiaire — celle qui a suivi les Neuf Sages sans avoir encore produit ses propres chefs-d’œuvre. Plusieurs de ceux qui y ont travaillé signeront La petite sirène quatre ans plus tard.
- Il a été battu au box-office par Les Copains des neiges, un film pour enfants à petit budget sorti la même semaine — humiliation restée célèbre en interne.
- Les séquences coupées n’ont jamais été retrouvées dans un état exploitable, et ne figurent sur aucune édition. C’est l’un des grands regrets des collectionneurs.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Il mérite d’être vu, en sachant ce qu’on regarde : un film ambitieux, mal fini, amputé, et qui contient de vraies fulgurances visuelles.
Son échec a eu une conséquence heureuse : il a forcé le studio à tout repenser, et c’est de cette remise à plat qu’est sorti Basil, détective privé, puis la Renaissance des années 1990.