Blanche Neige et les Sept Nains

Grand Classique n° 1

Blanche Neige et les Sept Nains

21 décembre 1937 · 1 h 23

Réalisation
David Hand (superviseur)
Avec
Lucie Dolène (Blanche-Neige, VF 1962), Adriana Caselotti (VO), Lucille La Verne (VO, la Reine)
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Hollywood avait un nom pour ce projet : Disney’s Folly, la folie de Disney. Pendant trois ans, la profession a regardé un producteur de courts métrages engloutir une fortune dans une idée que tout le monde jugeait absurde : un dessin animé d’une heure et demie, que personne ne tiendrait sans mal aux yeux, sur une histoire que tous les enfants connaissaient déjà. Son frère Roy a tenté de l’arrêter. Sa femme Lillian aussi. Walt a hypothéqué sa maison et continué.

Le 21 décembre 1937, au Carthay Circle Theatre de Los Angeles, la salle s’est levée. Parmi les spectateurs debout : Charlie Chaplin, Marlene Dietrich, une bonne partie de ceux qui avaient ricané.

L’histoire

Une reine consulte chaque jour un miroir magique pour s’entendre confirmer qu’elle est la plus belle du royaume. Le jour où le miroir donne un autre nom (celui de sa belle-fille, réduite à l’état de souillon en haillons), la réponse de la souveraine est immédiate et définitive : un chasseur, une forêt.

Le chasseur n’ira pas au bout. Blanche-Neige s’enfuit à travers une forêt qui se déforme sous sa panique (l’une des séquences les plus expressionnistes jamais produites par le studio) et trouve refuge dans une petite maison en désordre, propriété de sept mineurs célibataires qui n’attendaient personne.

Ce qui suit tient en trois actes limpides : une cohabitation, une pomme, un cercueil de verre. Vous connaissez la fin. En 1937, personne n’avait encore vu un personnage dessiné qu’on pleure pour de bon.

Dans les coulisses : trois ans à tout inventer

Le budget prévu était de 250 000 dollars. Le film en a coûté près de 1,5 million, de quoi produire une dizaine de longs métrages en prises de vues réelles à l’époque. Tout était à créer : il n’existait ni méthode pour tenir un récit long en animation, ni animateurs formés au dessin de personnages humains réalistes, ni même de vocabulaire pour en parler.

Walt Disney ouvre donc une école. Les animateurs suivent des cours d’anatomie, de comédie, d’observation du mouvement. Pour Blanche-Neige et le Prince, le studio utilise la rotoscopie : la danseuse Marge Champion est filmée en costume, et les dessinateurs s’appuient sur ses attitudes pour donner à l’héroïne un poids et une grâce qu’aucun personnage dessiné n’avait eus jusque-là.

C’est aussi pour ce film qu’est mise au point la fameuse caméra multiplane, une tour de plusieurs mètres où les décors sont peints sur des plaques de verre superposées et filmés à des vitesses différentes. Résultat : une vraie profondeur de champ, un travelling dans lequel les arbres du premier plan défilent plus vite que la forêt du fond. L’invention vaudra un Oscar technique au studio.

Ce que seuls les fans savent

  • Les nains ont failli s’appeler autrement. Le studio a couché sur le papier une cinquantaine de noms avant de trancher : Jumpy, Baldy, Gabby, Nifty, Sniffy, Puffy, Burpy, et même Deafy, un nain sourd longtemps resté dans le scénario.
  • Si Simplet ne parle pas, c’est un accident. L’équipe n’a jamais trouvé de voix satisfaisante pour lui. Plutôt que d’insister, elle a transformé le problème en trait de caractère, et donné au film son personnage le plus attachant.
  • Lucille La Verne, qui double la Reine en version originale, a retiré son dentier pour enregistrer les répliques de la sorcière. C’est cette bouche affaissée qu’on entend dans la scène de la pomme.
  • Adriana Caselotti, la voix originale de Blanche-Neige, a été mise sous cloche par son contrat. Le studio lui a interdit d’apparaître ailleurs, pour ne pas briser l’illusion. Elle n’a pratiquement plus jamais travaillé.
  • L’Oscar d’honneur de 1939 est unique. Remis à Walt Disney par Shirley Temple, âgée de dix ans, il se compose d’une statuette de taille normale accompagnée de sept miniatures.
  • La scène du cercueil a fait pleurer des salles entières et provoqué, selon la légende du studio, des lettres d’adultes furieux d’avoir été bouleversés par un dessin animé.

La musique

Frank Churchill et Larry Morey signent une bande originale dont plusieurs titres sont entrés dans le patrimoine : « Un jour mon prince viendra », « Heigh-Ho », « Sifflez en travaillant ». C’est la première fois qu’un film américain fait l’objet d’un album de bande originale commercialisé.

Le doublage français : un sujet sensible

Le film a connu trois versions françaises : un premier doublage en 1938, un deuxième en 1962, un troisième en 2001. C’est celui de 1962, avec Lucie Dolène en Blanche-Neige, que les fans français considèrent comme le sommet.

Sa disparition des éditions récentes, à la suite d’un contentieux entre la comédienne et le studio sur l’utilisation de sa voix, reste l’un des grands regrets des collectionneurs francophones. Si vous tombez sur une vieille cassette ou un DVD portant la version de 1962, gardez-la précieusement.

Où le voir aujourd’hui

Le film est disponible sur Disney+ et en Blu-ray, dans une restauration image par image qui a rendu au Technicolor d’origine des couleurs que les copies d’exploitation avaient perdues depuis longtemps.

Un conseil de fan : regardez-le une fois en prêtant attention aux décors seuls. Les aquarelles de Samuel Armstrong et de son équipe sont d’une finesse que la génération suivante, plus rapide et plus stylisée, n’a jamais retrouvée.

« C’est le film qui a tout rendu possible. Sans lui, pas de studio, pas de Pinocchio, pas de Bambi, pas de parcs. »

Le contenu des bonus

Édition DVD

Commentaires audio de Walt Disney (VOST)
Premières images du film d'animation "La princesse et la grenouille"
"Le retour de Blanche Neige"
Clip : "Un jour mon prince viendra" par Tiffany Thronton
Jeu : "Le chariot fou de Simplet" aidez Simplet à sortir de la mine de diamants en résolvant des énigmes
"Celui par qui tout a commencé"
"Disney à travers les décennies"
Karaoké : "Hé-Ho"
"Les voix des personnages"

Édition Blu-ray

- le Blu-ray du film
- le DVD du film
Blu-ray :
Commentaires audio de Walt Disney (VOST)
Les coulisses de la production : Blanche Neige revient
Scènes coupées :
- La soupe
- La construction du lit
Clip : "Some Day My Prince Will Come" par Tiffany Thornton
3 jeux :
- Miroir sur le mur
- Que voyez-vous ?
- Joyaux éternels
Fonction Disney View
DVD :
Commentaires audio de Walt Disney (VOST)