Grand Classique n° 86
Cars, quatre roues
2006 · 1 h 56
- Réalisation
- John Lasseter
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John Lasseter avait passé quinze ans à ne jamais s’arrêter. Après Toy Story, 1001 pattes et les suites, il a pris un congé, chargé sa famille dans un camping-car et traversé les États-Unis pendant deux mois sans itinéraire précis.
Ce voyage a produit Cars. On peut aimer ou non le film ; on ne peut pas lui retirer d’être le plus personnel de son auteur.
L’histoire
Flash McQueen est une voiture de course en pleine ascension : rapide, arrogante, persuadée de n’avoir besoin de personne. À la fin d’une saison qui s’achève sur une triple égalité, il doit rejoindre la Californie pour la course décisive.
Un incident de parcours l’éjecte de l’autoroute et l’échoue à Radiator Springs, bourgade agonisante de la Route 66 que plus personne ne traverse depuis la construction de la voie rapide. Il y démolit la route principale, et un juge le condamne à la refaire lui-même.
Le film consiste à regarder une voiture pressée être obligée de ralentir.
Dans les coulisses : la Route 66
L’équipe a refait le voyage, deux fois, sur la Route 66 historique, guidée par des habitants et par un historien de la route. Elle a rencontré les commerçants restés sur place, écouté leurs récits, photographié les motels abandonnés et les stations-service fermées.
Radiator Springs est un assemblage de lieux réels, et l’histoire de son déclin (une ville contournée par une autoroute qui l’a rendue invisible du jour au lendemain) est celle de dizaines de villages américains. C’est ce qui donne au film sa mélancolie inattendue.
Techniquement, la difficulté portait sur les surfaces réfléchissantes : une carrosserie renvoie tout son environnement, ce qui suppose de calculer les reflets en permanence, y compris ceux d’objets hors champ. Le studio a également travaillé la question du regard : placer les yeux dans le pare-brise plutôt que dans les phares, choix contraire à toute la tradition du dessin animé automobile, mais qui rend les personnages beaucoup plus lisibles.
Ce que seuls les fans savent
- Paul Newman double Doc Hudson, dans l’un de ses derniers rôles. Pilote automobile lui-même (il a couru aux 24 Heures du Mans et y a terminé deuxième), il apportait au personnage une légitimité qu’aucun acteur n’aurait pu simuler. Il est mort deux ans après la sortie.
- Le film est le champion absolu du produit dérivé. Les petites voitures se sont vendues par centaines de millions d’exemplaires, générant des revenus qui dépassent de très loin ceux de la trilogie Toy Story.
- Michael Schumacher joue son propre rôle, en Ferrari, dans une courte apparition qu’il a doublée lui-même en plusieurs langues.
- Le monde du film ne contient aucun humain, et le studio a poussé la logique jusqu’au bout : les insectes sont de minuscules voitures avec des ailes, les montagnes ont la forme de calandres, et les tracteurs remplacent les vaches.
- C’est le dernier film Pixar sorti avant le rachat par Disney, finalisé quelques mois avant sa sortie.
- La critique l’a longtemps classé dernier des Pixar, ce que le public n’a jamais confirmé : c’est l’un des films du studio les plus revus en famille.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La saga compte deux suites, Cars 2 (2011) et Cars 3 (2017), ainsi que la série dérivée Planes.
Le court métrage Martin et la lumière fantôme, disponible en bonus, est une petite réussite d’humour rural que beaucoup préfèrent au film lui-même.