La Reine des Neiges

Grand Classique n° 109

La Reine des Neiges

19 novembre 2013 · 1 h 42

Réalisation
Chris Buck, Jennifer Lee
Production
Peter Del Vecho
Avec
Anaïs Delva (Elsa), Emmylou Homs (Anna), Dany Boon (Olaf), Donald Reignoux (Kristoff)
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Il faut se souvenir de ce qu’était ce film avant « Libérée, délivrée » : une histoire où Elsa était la méchante. Une sorcière au cœur gelé, avec une armée de golems de neige et un plan pour ensevelir le royaume. Le scénario était écrit, les storyboards existaient.

Puis Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez sont venus jouer à l’équipe une chanson qu’ils venaient d’écrire pour la scène de la fuite dans la montagne. À la fin du morceau, tout le monde avait compris la même chose en même temps : impossible de faire de cette femme-là une méchante. Le film a été réécrit autour de la chanson.

L’histoire

Deux sœurs, un royaume de fjords, et un secret. L’aînée, Elsa, est née avec le pouvoir de créer la glace ; un accident d’enfance manque de coûter la vie à la cadette. Depuis, on a séparé les deux petites filles, effacé la mémoire d’Anna, et appris à Elsa la seule chose que ses parents savaient lui dire : cache-le, contiens-le, ne montre rien.

Le jour du couronnement, treize ans de compression cèdent en public. Elsa s’enfuit dans la montagne, laissant derrière elle un été changé en hiver éternel, et Anna part la chercher, accompagnée d’un livreur de glace bourru, d’un renne et d’un bonhomme de neige qui rêve de plage.

Le film avance vers ce que trois générations de spectateurs attendent : le baiser d’amour véritable qui brise le sort. Ce que La Reine des Neiges fait de cette attente est la meilleure idée du studio depuis vingt ans.

Dans les coulisses : soixante-dix ans d’échecs

Walt Disney voulait adapter La Reine des neiges d’Andersen dès les années 1940. Le projet a été repris, abandonné, repris encore : dans les années 1990, puis en 2002, puis en 2008. Le blocage était toujours le même : le conte d’Andersen n’a pas d’héroïne à laquelle se raccrocher, et une reine de glace, ça ne se rachète pas.

La solution est venue d’un déplacement du sujet. En faisant des deux personnages principaux deux sœurs, l’équipe transformait un conte sur le froid en histoire sur ce qu’on s’interdit de dire à sa famille. Jennifer Lee, qui coréalise et signe le scénario, devient au passage la première femme à réaliser un long métrage des studios Disney Animation.

Le voyage de repérage en Norvège a nourri tout le reste : Arendelle doit son nom et ses toits à la ville d’Arendal, le château emprunte aux églises en bois debout (les stavkirker), et les costumes reprennent les motifs du bunad, l’habit traditionnel norvégien. Quant à la neige, elle a exigé l’écriture d’un logiciel de simulation maison, capable de distinguer la poudreuse fraîche de la neige tassée sous un pas.

Ce que seuls les fans savent

  • Le rire d’Elsa dans la montagne n’était pas prévu. Idina Menzel, la voix originale, l’a lâché spontanément en studio ; l’équipe l’a gardé et a animé le plan autour.
  • Raiponce et Flynn Rider passent devant le château pendant la séquence du couronnement, à peine deux secondes à l’écran. L’un des clins d’œil les plus traqués du studio.
  • La robe de glace d’Elsa compte plusieurs centaines de milliers de flocons individuels, et le service technique a dû écrire un outil spécifique pour que la traîne translucide réagisse correctement à la lumière.
  • « Libérée, délivrée » a été enregistrée en 41 langues pour la version multilingue publiée par le studio, une performance de casting mondiale qui a fait le tour d’Internet et beaucoup pour la carrière du film.
  • Olaf devait être un personnage secondaire agaçant. Il est devenu le cœur comique du film après que Josh Gad, en version originale, a improvisé la majeure partie de ses répliques.
  • Le prénom Anna se prononce « Ah-na » à la norvégienne, et non « An-na » : un détail que l’équipe a tenu à respecter dans toutes les versions.

La musique

Le couple Anderson-Lopez signe une partition de chansons de facture ouvertement Broadway : Robert Lopez venait d’Avenue Q et de The Book of Mormon. « Libérée, délivrée » rafle l’Oscar de la meilleure chanson originale, le film celui du meilleur film d’animation, et la bande originale s’installe pour des mois en tête des ventes d’albums aux États-Unis, du jamais vu pour un disque de film d’animation depuis Le Roi Lion.

Le doublage français

Anaïs Delva assure la voix parlée et chantée d’Elsa, et sa version de « Libérée, délivrée » est devenue un phénomène autonome en France, au point d’être reprise en boucle dans les cours de récréation pendant deux ans. Emmylou Homs donne à Anna son énergie maladroite, Donald Reignoux campe Kristoff, et Dany Boon prête à Olaf un accent et un phrasé qui font de la VF une version à part entière plutôt qu’une simple traduction.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Les bonus de l’édition physique valent le détour pour les storyboards de la version abandonnée, où l’on voit Elsa en grande méchante, un document qui rend concret tout ce qui s’est joué autour d’une seule chanson.

La suite, La Reine des Neiges 2 (2019), prolonge l’histoire du côté des origines du pouvoir d’Elsa, et va chercher beaucoup plus loin que ce que son statut de suite laissait attendre.

Le contenu des bonus

Édition DVD

"Mickey, à cheval !"

Édition Blu-ray

Court métrage : "Mickey, à cheval !"
Making of musical
"Du conte de Hans Christian Andersen au film"
4 scènes coupées présentées par Chris Buck et Jennifer Lee :
- "Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir d'Elsa"
- "Le dressing"
- "Première rencontre avec Kristoff"
- "Seconde rencontre avec Kristoff"
4 clips de la chanson "Let it Go" dans sa version générique de fin par :
- Demi Levato (USA et Angleterre)
- Martina Stoessel (Espagne et Italie)
- Marsha Milan (Malaisie)