Fantasia

Grand Classique n° 3

Fantasia

1940 · 2 h 05

Réalisation
Ben Sharpsteen (production), Samuel Armstrong, James Algar
Voir le DVD (nouvel onglet, lien partenaire)Voir le Blu-ray (nouvel onglet, lien partenaire)

Liens partenaires vers la boutique : le prix reste identique pour vous.

Au départ, il ne s’agissait que de relancer Mickey. La souris perdait du terrain face à Donald et Dingo, plus drôles, mieux servis par les gags. Walt Disney décide de lui offrir un court métrage prestigieux sur L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, sans dialogue, entièrement porté par la musique.

Le court coûte si cher qu’il ne pourra jamais être rentabilisé seul. Plutôt que de renoncer, Walt fait ce qu’il fait toujours : il agrandit le problème jusqu’à ce qu’il devienne une idée. Puisqu’un segment ne suffit pas, il en faudra huit. Puisque la musique est le sujet, il faudra le meilleur orchestre du pays. Et puisque le son des salles est mauvais, il faudra inventer un nouveau système sonore.

Ce que c’est

Fantasia n’a pas d’histoire. C’est un concert filmé et dessiné, découpé en huit morceaux présentés par le critique musical Deems Taylor, avec l’Orchestre de Philadelphie dirigé par Leopold Stokowski — qui a travaillé gratuitement, tant le projet l’intéressait.

  • Toccata et fugue en ré mineur (Bach) — de l’abstraction pure, des formes et des couleurs sur les silhouettes des musiciens.
  • Casse-Noisette (Tchaïkovski) — les fées de la rosée, les champignons chinois, les poissons danseurs.
  • L’Apprenti sorcier (Dukas) — Mickey, les balais et le seau. Le segment fondateur.
  • Le Sacre du printemps (Stravinsky) — la naissance de la Terre, les dinosaures, l’extinction.
  • La Symphonie pastorale (Beethoven) — centaures, faunes et Olympe.
  • La Danse des heures (Ponchielli) — le ballet des autruches, des hippopotames et des crocodiles.
  • Une nuit sur le mont Chauve (Moussorgski) — le démon Chernabog, sommet d’animation macabre.
  • Ave Maria (Schubert) — la procession aux flambeaux, en un seul plan interminable.

Dans les coulisses : le Fantasound

Pour restituer un orchestre, Walt Disney fait développer le Fantasound, premier système de son stéréophonique multipiste de l’histoire du cinéma commercial. La musique est enregistrée sur neuf pistes distinctes, remixée sur trois canaux, et diffusée par un réseau d’enceintes réparties dans la salle — y compris derrière le public.

Le problème est qu’aucun cinéma au monde n’est équipé. Il faut donc installer le matériel salle par salle, à un coût prohibitif, ce qui limite la sortie à une poignée de villes en exploitation dite roadshow, avec entracte et places réservées. Le film ne rentre pas dans ses frais, loin de là. Il faudra attendre les années 1960 et un public d’étudiants très réceptif aux séquences abstraites pour que Fantasia devienne rentable — puis culte.

Ce que seuls les fans savent

  • Mickey serre la main de Stokowski à la fin de L’Apprenti sorcier, dans un plan où le chef d’orchestre est réduit à une silhouette. C’est la seule fois où la souris rencontre une personne réelle à l’écran.
  • Stravinsky a assisté à une projection — il était l’un des rares compositeurs encore vivants du programme. Ses commentaires sur ce que Disney avait fait du Sacre du printemps sont restés célèbres pour leur ambiguïté polie, puis nettement moins polie avec les années.
  • Walt Disney a refusé d’aller jusqu’à l’homme dans la séquence de Stravinsky. L’évolution s’arrête à l’extinction des dinosaures : pousser plus loin aurait été, disait-il, chercher les ennuis.
  • Deux centaures servantes ont été supprimées. Les caricatures racistes de la séquence de la Pastorale sont retirées des copies depuis la fin des années 1960, par recadrage puis par remontage.
  • Chernabog, le démon du mont Chauve, est considéré comme le sommet du travail de Bill Tytla, souvent tenu pour le plus grand animateur de l’âge d’or. Le personnage n’a aucune réplique et reste l’un des plus terrifiants du catalogue.
  • Le projet devait être perpétuel. Walt imaginait un film qu’on ressortirait régulièrement en remplaçant certains segments par de nouveaux. L’échec commercial a enterré l’idée — reprise soixante ans plus tard avec Fantasia 2000.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. Attention aux versions : le film a circulé pendant des décennies dans des montages amputés, avec les présentations de Deems Taylor coupées et une durée réduite à moins de deux heures. Les éditions récentes rétablissent le programme intégral de 1940.

Un conseil : voyez-le au casque ou sur une bonne installation. C’est un film conçu pour le son avant d’être conçu pour l’image, et le regarder sur les haut-parleurs d’un téléviseur revient à visiter un musée avec des lunettes de soleil.