Pinocchio

Grand Classique n° 2

Pinocchio

1940 · 1 h 28

Réalisation
Ben Sharpsteen, Hamilton Luske
Avec
Dickie Jones, Christian Rub, Cliff Edwards
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Demandez à n’importe quel animateur professionnel quel est le film le plus impressionnant jamais produit par les studios Disney. Il y a de bonnes chances qu’il réponde Pinocchio, et pas Blanche-Neige ni Le Roi Lion. Ce qui se passe à l’écran pendant ces quatre-vingt-huit minutes relève d’un niveau d’exécution que le studio n’a jamais dépassé, et qu’il n’a d’ailleurs plus jamais tenté d’atteindre : c’était trop cher, trop lent.

Le film est sorti en février 1940. L’Europe était en guerre, les salles fermées, les recettes internationales inexistantes. Ce chef-d’œuvre absolu a coulé le studio.

L’histoire

Gepetto, vieux menuisier sans enfant, taille une marionnette dans un morceau de bois et lui donne un nom avant d’aller se coucher. Il souhaite, devant une étoile, qu’elle devienne un vrai petit garçon.

La Fée Bleue vient dans la nuit, anime le pantin, mais s’arrête à mi-chemin. Pinocchio est vivant ; il n’est pas humain. Il le deviendra s’il se montre « brave, loyal et sincère », et pour l’y aider on lui adjoint un grillon nommé Jiminy Cricket, promu à l’instant conscience officielle du garçon.

Le lendemain matin, Pinocchio part à l’école. Il n’y arrivera jamais. Entre un renard beau parleur, un directeur de théâtre qui le met en cage, une île où les enfants font ce qu’ils veulent et une baleine, le film enchaîne les pièges avec une noirceur qui laisse encore les parents un peu blancs.

Dans les coulisses : le luxe absolu

Le premier plan du film donne le ton : la caméra descend sur un village nocturne, passe au-dessus des toits, glisse entre les maisons jusqu’à une fenêtre éclairée. Le mouvement dure une minute et a nécessité douze niveaux de décors peints, montés sur la caméra multiplane. Aucun studio au monde n’avait les moyens de faire ça, et Disney l’a fait pour un plan d’introduction.

Le film a d’ailleurs été commencé, puis entièrement arrêté et repris. Après cinq mois de production, Walt Disney a jugé que son personnage principal ne fonctionnait pas : trop marionnette, trop raide, impossible à aimer. Tout a été jeté. C’est l’animateur Milt Kahl qui a trouvé la solution (dessiner d’abord un vrai enfant, puis lui ajouter des articulations de bois), et le chantier est reparti de zéro.

Résultat : 2,6 millions de dollars de budget, le double de Blanche-Neige, pour un million de recettes à la première exploitation. Le studio a mis des années à s’en remettre, et n’a été sauvé que par Dumbo, film bricolé à l’économie l’année suivante.

Ce que seuls les fans savent

  • « Quand on prie la bonne étoile » est devenu l’hymne de la Walt Disney Company. On l’entend depuis sur le logo de chaque film du groupe. C’est aussi la première chanson Disney à remporter l’Oscar de la meilleure chanson originale.
  • C’est le premier Oscar compétitif du studio : Blanche-Neige n’avait reçu qu’une récompense d’honneur. Pinocchio en gagne deux le même soir : chanson et musique.
  • Le Collodi original est nettement plus violent. Dans le roman de 1883, Pinocchio écrase le grillon parlant d’un coup de marteau dès le quatrième chapitre, et se fait pendre à un chêne à la fin de la première publication en feuilleton. Les lecteurs ont protesté, l’auteur a écrit une suite.
  • Jiminy Cricket est une invention du studio. Chez Collodi, le grillon a trois répliques et meurt. Le film en fait le narrateur, la conscience et le maître de cérémonie.
  • La séquence de l’Île enchantée (les enfants qui fument, jouent et se transforment en ânes qu’on vend à la mine) est régulièrement citée comme la scène la plus effrayante jamais produite par le studio. La transformation de Crapule, jouée uniquement par l’ombre et le son, en est le sommet.
  • Le nez qui s’allonge ne sert qu’une fois. Tout le monde s’en souvient comme du gimmick central du film ; il n’apparaît en réalité que dans une seule scène.

La musique

Leigh Harline et Ned Washington signent une partition qui va de la comptine (« Une ficelle en guise de fil », « Sifflez vite, vite ») à la mélodie devenue emblème d’un empire. Ce grand écart entre le music-hall et l’émotion pure est exactement ce que le studio cherchera à reproduire pendant les cinquante années suivantes.

Le doublage français

Le film n’est arrivé en France qu’en 1946, la guerre ayant retardé son exploitation, et a connu plusieurs versions françaises successives. Celle qui circule aujourd’hui est un redoublage des années 1970, où Roger Carel (voix française d’Astérix, de C-3PO et de la moitié du catalogue Disney) prête à Jiminy Cricket un timbre malicieux resté dans toutes les mémoires.

Où le voir aujourd’hui

Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La restauration numérique a rendu au film une profondeur de couleurs que les copies d’exploitation avaient perdue ; sur un bon écran, les décors de nuit du premier acte sont stupéfiants.

À ne pas confondre avec les deux adaptations récentes : le film en prises de vues réelles de Robert Zemeckis pour Disney+ (2022), et surtout le Pinocchio en volume de Guillermo del Toro (2022), qui revient à la noirceur de Collodi et qui est, lui, une vraie réussite.

Le contenu des bonus

Édition DVD

Nouvelle restauration de l'image et du son
Jeux et activités :
- Piste trivia : infos et anecdotes sur le film
- Les puzzles de Pinocchio
Les coulisses de la production :
- Scènes coupées inédites :
. L'histoire de l'arbre du grand-père
. Dans le ventre de la baleine
. Fin alternative
- "Sans ficelles" : making of inédit
- "La sweatbox" : la manière de travailler de Disney
- Commentaire audio de Leonard Maltin, Eric Goldberg et J.B. Kaufman
- Sélection de chansons : chanter avec le film
- Prises de vues réelles de référence
- Galeries photos :
. recherche graphique
. conception des personnages
. décors et mise en scène
. storyboards
- Bandes-annonces originales cinéma
- Chanson supprimée : "Honest John"
- "Gepettos d'hier et d'aujourd'hui" : l'histoire des jouets

Édition Blu-ray

Nouvelle restauration de l'image
Blu-ray Discs 1
Clip
Piste trivia : infos et anecdotes sur le film
Sélection de chansons : chanter avec le film
Commentaire audio "Cinexplore" de Leonard Maltin, Eric Goldberg et J.B. Kaufman
Mode d'affichage de l'image "Disney View"
Jeu : "Pinocchio a du nez"
Blu-ray Discs 2
Les puzzles de Pinocchio
"Sans ficelles" : making of inédit
Galeries photos :
- Recherche graphique
- Conception des personnages
- Décors et mise en scène
- Storyboards
Bandes-annonces originales cinéma
"Gepettos d'hier et d'aujourd'hui" : l'histoire des jouets
Scènes coupées inédites :
- L'histoire de l'arbre du grand-père
- Dans le ventre de la baleine
- Fin alternative
"La sweatbox" : la manière de travailler de Disney
Prises de vues réelles de référence
Chanson supprimée : "Honest John"
Les jeux de l'île enchantée