Grand Classique n° 5
Bambi
1942 · 1 h 10
- Réalisation
- David Hand
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Il y a environ mille mots de dialogue dans Bambi. Pour un film de soixante-dix minutes, c’est presque rien, l’équivalent de deux pages. Tout le reste est confié à l’image, au son et à une partition qui accompagne chaque geste. C’est le film le plus silencieux et le plus ambitieux jamais produit par le studio, et il a demandé cinq ans de travail.
L’histoire
Un faon naît dans un fourré. La forêt entière vient le voir : c’est le fils du Grand Prince, le cerf qui veille sur les bois depuis les hauteurs. Bambi apprend à marcher, à parler, à nommer les choses (l’oiseau, la fleur, le papillon) sous la conduite d’un lapin bavard et d’une mouffette timide.
Puis vient l’automne, et avec lui un mot que les animaux prononcent à voix basse : l’Homme. Il ne sera jamais montré. On entendra ses chiens, ses coups de feu, son feu de camp mal éteint, jamais son visage, l’un des choix de mise en scène les plus radicaux du cinéma d’animation.
Le film suit ensuite un cycle complet de saisons, jusqu’à ce que le faon devienne à son tour celui qui veille depuis les hauteurs.
Dans les coulisses : Tyrus Wong
Le style visuel du film ne ressemble à aucun autre Disney, et il tient à un seul homme. Tyrus Wong, artiste sino-américain entré au studio comme simple intervalliste, propose des esquisses inspirées de la peinture de paysage chinoise de la dynastie Song : des arrière-plans suggérés, presque vides, où quelques touches de couleur remplacent le détail.
Walt Disney adopte immédiatement le parti pris. Toute la direction artistique du film en découle : cette forêt qui s’estompe dans la brume, ces sous-bois où l’œil complète ce qui n’est pas peint.
Tyrus Wong a été licencié en 1941, dans les suites de la grève des animateurs, et son nom a disparu des génériques et des livres d’histoire pendant près de soixante ans. Il a fallu attendre les années 2000 pour qu’il soit reconnu Disney Legend, et un documentaire de 2015 pour que le grand public découvre à qui l’on doit ces décors. Il est mort en 2016, à 106 ans.
Ce que seuls les fans savent
- Le livre d’origine a été brûlé par les nazis. Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois, publié en 1923 par l’Autrichien Felix Salten, était lu comme une allégorie de la persécution des Juifs en Europe. Il a été interdit et brûlé en 1936. Le film, lui, tait complètement cette dimension.
- Des faons vivants ont été installés au studio. Deux d’entre eux, baptisés Bambi et Faline, ont servi de modèles quotidiens aux animateurs pendant des mois. Le peintre Rico LeBrun est venu donner des cours d’anatomie animale aux équipes.
- La mort de la mère est entièrement hors champ. Un coup de feu, la neige, un plan sur le père. Le studio avait animé la scène de manière explicite avant de tout couper, décision qui a rendu le moment plus efficace et traumatisé trois générations.
- Panpan a failli s’appeler autrement et n’existait quasiment pas dans le scénario initial. C’est la qualité de son animation qui lui a valu de prendre autant de place, au point que son nom figure dans les premières minutes du film.
- Les chasseurs américains ont protesté. La revue Outdoor Life a qualifié le film d’insulte à la profession, et le terme « effet Bambi » est entré dans le vocabulaire des débats sur la chasse et la gestion de la faune.
- Le film a été un échec à sa sortie, comme Pinocchio et Fantasia avant lui, pour la même raison : la guerre avait fermé les marchés européens. Il n’est devenu rentable qu’à ses ressorties d’après-guerre.
La musique
Frank Churchill et Edward Plumb signent une partition quasi permanente, qui commente l’action au geste près, technique dite du mickey-mousing, poussée ici à un niveau symphonique. « Drip Drip Drop », la séquence de la pluie, est un morceau de bravoure où chaque goutte tombe sur une note.
Où le voir aujourd’hui
Disponible sur Disney+ et en Blu-ray. La restauration met particulièrement en valeur les décors de Tyrus Wong, dont les nuances se perdaient complètement sur les anciennes copies vidéo.
Une suite vidéo, Bambi 2, est sortie en 2006 : elle raconte la période immédiatement postérieure au drame, entre le faon et son père. Elle est nettement plus soignée que la moyenne des suites du studio, sans jamais approcher l’original.